samedi 29 décembre 2012

Projet avorté - 2004 - The 10th Victim



Sorti en 1965, la 10ème victime réalisé par Elio Petri (La classe ouvrière va au Paradis) raconte l’histoire de Caroline (Ursula Andress) participante douée de la Grande Chasse, un jeu de mise à mort dans lequel s’affrontent des tueurs et leur proie. Caroline doit remporter une dernière victoire pour accéder à la gloire et surtout en finir avec ce jeu barbare. Sa dernière proie est un italien, Marcello (Marcello Mastraoianni).

L’histoire est tirée d’une nouvelle de Robert Sheckley, la 7ème victime. Cependant, pour ne pas que l’audience confonde avec le film homonyme de Mark Robson sorti en 1943, l’adaptation gagne 3 victimes.

En 1999, l’actrice Catherine Zeta-Jones annonce qu’elle met en chantier un remake du film de Petri. Le projet est produit par Edward R. Pressman. Le réalisateur pressenti, Lee Tamahori, espère tourner en Allemagne sur la base d'un script signé Matt Greenberg. La production peine à trouver le rival masculin de la tueuse, et passe la main. Canal + reprend un temps le projet, suivront Helkon International Pictures et Myriad Pictures.

En 2002, on apprend que Stuart Hazeldine et David Klass ont travaillé un tout nouveau scénario. Catherine Zeta-Jones a abandonné le projet. On parle de Josef Rusnak (The 13th Floor) à la réalisation et Myriad Pictures gagne un partenaire de production, la compagnie allemande Babelsberg Studios.

Deux ans plus tard, le projet repart sur de nouvelles bases. Morgan Creek Productions le reprend, s’associe à Universal Pictures pour la distribution du film sur le sol américain. Brendan Fraser entre en négociation pour le jouer le rôle principal, celui de la possible 10ème victime. L’acteur de la Momie dit aussi vouloir jouer sous la direction de John McTiernan. C’est ainsi qu’en 2004, le nom du réalisateur est associé au film, remplaçant celui de Dominic Sena, lui aussi sur l'affaire.

 

















L’actrice Rebecca Romijn-Stamos est pressentie pour tenir le rôle autrefois tenu par la James Bond Girl. Si le film se fait, ce sera la deuxième collaboration de l’actrice avec le réalisateur du remake de Rollerball. Sans en connaitre la ou les raisons, le projet n’aboutira jamais. John McTiernan retravaillait le script de David Klass où il était question d’un ancien policier, John Frelaine, assassin de niveau 9 qui doit tuer Janet Spencer, autre assassin de niveau 9, afin d’accéder au niveau 10 et récupérer son fils. Les deux participants devaient tomber amoureux et renverser le système…

jeudi 4 octobre 2012

It Will Blow You Through The Back Wall Of The Theatre

A l'occasion de la sortie du teaser du cinquième Die Hard a.k.a Die Hard $, je vous offre un petit florilège des teasers de la saga.












Bien joué les gars, rythmée par la fin de la 9ème de Beethoven, cette bande annonce donne un peu envie de se déplacer ne serait-ce que pour ces scènes d'action en dure (ah la scène horrible du tunnel dans le 4 avec ces voitures en CGI), mais...c'est quoi ces plans de bimbo sur la moto ? C'est pour respecter le côté Hard de Die Hard ? Ok, autant pour moi, j'ai rien dit...

mercredi 19 septembre 2012

BASIC - Le dernier film d'un réalisateur




Nous le savons depuis fin août dernier, John McTiernan fera douze mois de prison ferme pour avoir menti au FBI dans l’affaire des écoutes téléphoniques du privé (mais pas trop) Anthony Pellicano. L’empêchant ainsi de continuer son art, pourrait-on dire, sauf que cela fait dix ans que McTiernan n’a pas touché une caméra et on ne peut pas dire que ce soit les projets qui manquaient. Citons-en quelques-uns histoire de remuer le couteau dans la plaie : adieu Shrapnel et son duel physico-psychologique guerrier, adieu Run/The Chase et sa poursuite en bagnole longue de 100 pages de script, adieu Deadly Exchange et son terroriste se vengeant d’un agent du FBI, adieu High Stake et sa chasse à l’homme dans les rues scintillantes de Las Vegas etc… Dix années d’espoirs pour les fans en manque de la mise en scène dynamique et spatiale du maître, dix années nous séparant de la sortie discrète de Basic, son ultime film. Question. Peut-on déceler dans ce film les indices de ce triste constat ?




A Hollywood, rares sont les carrières de réalisateurs qui se retrouvent stoppées nettes. Seule la mort et dans le cas de McTiernan, des ennuis judiciaires graves alliant longue procédure et peine de prison ferme ont le pouvoir de mettre un terme à la carrière d’un réalisateur aussi important. C’est pourquoi le cas de McTiernan est un cas unique. Il faut donc traiter Basic en tant qu’œuvre unique qui a tout autant sa place dans l’histoire du Cinéma que le Dubliners de John Huston, La comtesse de Hong-Kong de Chaplin ou bien encore Complot de famille de Hitchcock, au-delà des qualités formelles inhérentes au cinéma de son auteur.




Quand McTiernan tourne Basic en 2002, le mal est fait. Il a serré la main du Diable, cependant, il y a toujours la possibilité que cette mauvaise action, tel un crime parfait, passe inaperçue et que le réalisateur continue sa carrière comme si de rien n’était. C’est peut-être dans cet esprit-là que McTiernan travaille sur Basic, ou alors voit-il en sa conception une sorte de bonus que le destin lui accorde. Mais voilà, Basic ne ressemble pas au film ultime d’un auteur conscient de diriger son équipe pour la dernière fois. Cela pourrait s’expliquer par le fait que Basic suit Rollerball, le brulot de McTiernan conspué par une grande partie de la critique et du publique, désigné comme un véritable suicide artistique.




Le réalisateur n’aurait pas fait Basic s’il n’y avait pas eu Rollerball, cet adieu aux films de studio en forme de doigt d’honneur, adoptant le style MTV pour mieux montrer qu'avec un cerveau ce style peut être écrit et d'une belle manière, ce film anar mettant en scène la fin d’un type de divertissement galvanisant la masse populaire et surtout pauvre. Si Rollerball est cet adieu haineux adressé à Hollywood, Basic peut être vu comme la suite logique de ce départ, une révérence timide et sincère adressée au publique qui le suit depuis la sortie de Predator et qui a compris le projet du réalisateur : lui offrir un spectacle intelligent, dénué de cynisme donc profondément humain, tout en étant pensé formellement. Basic est le film qui correspond le mieux à ce projet tant sa version nous est présentée de la manière la plus pure, un peu comme si David Cronenberg était passé directement d’un film comme Scanner à Spider. Le choc peut paraître brutal, il permet surtout de s’attacher aux personnages, ici des personnages typiquement McTiernaniens, qui doivent s’adapter à des situations hors normes sinon extraordinaires et se dépasser, prouver leur valeur pour gagner le respect de l’autre, qu’il soit un personnage du film ou simple spectateur du film.




La formule fonctionnait à merveille dans Le Treizième Guerrier mais tout était dans le pitch du film, un homme de lettre arabe intègre un groupe de guerriers vikings, alors que dans Basic, elle éclipse tout bonnement cette histoire d’unité de marines disparue dans la jungle humide du Panama. Basic raconte avant tout la prise de conscience du personnage d’Osborne joué par Connie Nielsen. Derrière chaque vérité se cache un mensonge. Cela pourrait la décourager et valider ce que pense son supérieure, à savoir qu’elle n’a pas les épaules assez solides pour résoudre seule le mystère. Mais son hostilité et son rejet de coopération du début se muera en une motivation à toute épreuve. Combien de fois Tom Hardy feindra de laisser tomber la partie comme pour stimuler l’envie d’Osborne. Une volonté que rien n'arrête. Elle sera le seul personnage à utiliser la violence physique pour faire surgir des bouts de vérité : Julie Beauté explose le nez de son ex, agresse Tom Hardy dans un local, tue son supérieure, investi la planque de la Section 8 arme à la main. La vérité la plus dure à révéler vaut tous les coups.




Si on accepte l’idée que Basic est le dernier film de John McTiernan alors sa dernière scène est l’une des scènes les plus importantes de l’histoire du cinéma. Commençons d’abord par La phrase importante du métrage, qui sonne comme un déclic dans la tête d’Osborne et qui amène cette dernière séquence : All we got to do is tell the story right, en français ; tout ce que nous avons à faire c’est dire la même chose. Cette ligne de dialogue, véritable leitmotiv du film est déclamée par deux membres de la Section 8, en premier par Dumbar/Pike et en second par Tom Hardy. Cette phrase pose tout le problème de Basic car elle lie la notion de facilité (all we got to do) avec un discours qui est censé représenter la Vérité (is tell the story right). Elle oblige surtout Osborne à sortir physiquement de la base et de suivre la jeep de l’homme qui venait tout juste de gagner sa confiance et qui détient la clef de la Vérité. Rétrospectivement, cette phrase en forme de conseil ne sera pas suivie par McTiernan puisqu’il mentira à l’agent du FBI et c’est ce mensonge qui mettra fin à sa carrière. L’aurait-il suivi s’il avait su que Pellicano enregistrait toutes ses conversations téléphoniques ? Peut-être. Et si l’agent du FBI ne lui avait pas téléphoné mais s’était présenté badge à la main à son domicile ? Sûrement.

 


Si Rollerball ressemble au dernier film hollywoodien officiel, conscient de McTiernan, Basic en est son reflet inconscient dès lors qu’il place son action dans le monde militaire américain, un monde d’ordre et de valeur, une sorte d’Hollywood moral s’opposant à celui clairement immoral du remake de Jewison. Ce n’est pas un hasard si cette vision d’Hollywood intervient après celle de Rollerball, McT n’ayant pu prouver via les écoutes téléphoniques qu’il a commandées sur la personne de Charles Roven, le producteur de Rollerball, sa théorie selon laquelle une partie du budget était jetée par les fenêtres ou glissée dans certaines poches. Hollywood en est-il devenu pour autant moral ? Non, puisque une personne comme McTiernan est prête à payer un privé comme Pellicano pour exercer ses talents. Hollywood a donc ses failles, c’est une réalité que le réalisateur, à cause de sa paranoïa, a expérimenté de près. Tom Hardy est obligé de demander à Osborne si elle sait pour la drogue. Tout le monde est potentiellement coupable ou complice. C’est le moment idéal pour Osborne de contre-attaquer, d’interroger cet agent de la DEA sur les liens qu’il entretient avec le monde de la drogue mais elle ne le fait pas. Se doutait-elle alors de quelque chose ?




Osborne sort donc de la base sans trop savoir où Hardy la mènera. La boule de billard géante lui indique qu’elle entre dans le territoire de la fameuse Section 8 dont elle ne sait toujours pas si elle se trouve du bon ou du mauvais côté. Osborne penche naturellement pour la seconde option puisqu’elle ignore que le sergent West est toujours en vie. Il suffira que le sergent West apparaisse et l’invite à s’assoir pour qu’elle baisse enfin son arme et commence à souffler. A ce moment du film, Osborne est au plus près de la Vérité, elle a non seulement retrouvé le sergent West vivant mais elle est en présence de cette vérité, personnifiée par cette étrange famille qu’est la Section 8. Que peut-il donc lui arriver désormais si ce n’est intégrer cette famille, faire partie de cette vérité ? Tout le monde s’accorde à dire qu’elle le mérite, qu’elle a sa place dans un groupe qui opère dans l’ombre pour le bien, rectifie les erreurs des systèmes soi-disant infaillibles, tels que l’Armée.




Tout le film mène à ce moment, tout ce qui précède nous prépare à cette main tendue, car il ne s’agit de rien d’autre. L’utilisation du Boléro de Ravel apporte une étrange mélancolie à cette scène, compile deux sentiments ressentis par Osborne à savoir le départ d'un monde et l'entrée dans un autre. Osborne réfléchit à la proposition tout en regardant cette petite famille ordinaire et conviviale se préparer à dîner, décide finalement d’y entrer en demandant une bière, boisson qu’elle déteste. Elle épouse donc les coutumes de sa nouvelle famille comme un geste de remerciement. Osborne a trouvé sa vraie place, jamais un film n’a su, avant Basic, montrer aussi bien ce moment. C’est ce qui lui donne sa force et sa vraie place dans l’histoire du Cinéma, outre le fait qu’il s’agit là d’un dernier film.




L’ironie avec cette scène c’est qu’elle montre l’inverse de ce qui s’est produit dans la réalité pour son auteur. Si Osborne intègre la Section 8, McT, de son côté, sort de la grande famille du Cinéma. Considérons maintenant que le personnage d’Osborne soit une version innocente du réalisateur. Son entrée dans la Section 8 est-elle toujours un bien ? Pas si sûr, quand on sait que les membres de cette unité spéciale sont privés d’identité, d’existence (West n’est plus qu’un nom gravé sur une tombe du cimetière d’Arlington) et de crédibilité (Hardy, la DEA et les parrains de la drogue). On peut penser qu’elle accumulera ces trois inconvénients comme l’a fait depuis McTiernan dont le nom est devenu une sorte de tabou dans la sphère hollywoodienne actuelle. J. J. Abrams, qui pille ouvertement le travail du réalisateur (voir son utilisation outrancière du lens flare) préfère parler d’hommage à Spielberg, un nom plus respectable. Il n’y a eu dernièrement que Brad Bird pour citer celui de McTiernan, à l’occasion de la sortie de son Mission Impossible IV mais le McTiernan des débuts, celui de Die Hard, tant qu'à faire ne gardons que le meilleur. D’existence, puisque McT n’a plus rien tourné depuis dix ans, sauf un documentaire dénué de tout son art, film-témoignages montrant les dégâts causés sur des démocrates américains par le très républicain Karl Rove. Et enfin de crédibilité car comment faire confiance désormais à quelqu’un qui a mis sur écoute son propre producteur. Cela ferme définitivement quelques portes utiles, surtout à Hollywood.




On ne peut que regretter ce constat, d’autant plus que McTiernan avait trouvé en la personne de John Travolta son alter ego quasi parfait (le titre est toujours tenu par le personnage de Denis Leary dans Thomas Crown). Il épouse à merveille la mise en scène de McTiernan, se révèle étonnamment moins rigide qu’un Pierce Brosnan et est largement moins cabotin que d’habitude (comment ne pas penser au rendez-vous manqué Shrapnel dans lequel Travolta devait affronter l’acteur cabotin ultime du moment, Nicolas cage). Ce double plus mature donc que le personnage joué par Connie Nielsen, se permet un retour dans un milieu qu’il connait très bien, l’Armée/Hollywood auquel s’accrochent d’anciennes connaissances, de vieux amis devenus ennemis depuis qu’ils ont choisi de se servir du système à des fins contraires aux valeurs sur lesquelles il repose. Hardy/McT évolue dans cet univers et ne trouve que la déception. Il est le seul survivant d’une époque révolue, comme si le fait de rester trop longtemps à l’intérieur d’un système pouvait avoir une influence maléfique sur les personnes. Le seul salut étant de s’éloigner de lui dès que possible sous peine de devenir mauvais. Hardy et Osborne l’on fait, ainsi que McTiernan mais d’une manière telle qu’il lui en coutât sa carrière. Une carrière si belle, si morte.


mardi 11 septembre 2012

Projet avorté - 1990 - Road Show


Le point de départ de l’aventureuse adaptation de Road Show est le livre éponyme de l’auteur texan Robert Day dans lequel un conducteur de bétail, le bien nommé Spangle Star Tukle, doit rallier Kansas City avec son camion rempli de bêtes. Il est accompagné de sa femme, Opal Pearl, de Jed, un vieux cow-boy de 70 ans et de Leo, un jeune étudiant. Ce petit monde sera entre autre poursuivi par la police, des politiciens, un hélicoptère de la télévision et même une tornade.



Donna Dubrow, futur femme de McTiernan acquiert les droits du livre en 1977. La MGM les récupèrera l'année suivante et propose le rôle du cow-boy routier à Jack Nicholson. Mary Steenburgen est alors envisagé pour jouer la femme de Tukle. Mais les choses traînent, Martin Ritt et Richard Brooks se déchirent la casquette de réalisateur.

En 1983, c'est la chanteuse Cher qui convoite le rôle d’Opal Pearl. Ce qui n’est pas du goût de Jack Nicholson, la star de Shining veut à tout prix caser sa nouvelle petite amie, l’actrice Debra Winger. La MGM change de direction et annule finalement le projet.


Donna Dubrow récupère les droits de Road Show après une procédure longue de 6 ans et transfère le projet de la MGM à la Fox. Nous sommes en 1990, The Hunt for Red October sort sur les écrans et fait un carton. Dubrow et McTiernan sont mariés depuis deux ans et veulent collaborer ensemble sur des projets qu’ils produisent et que McTiernan se charge de réaliser, ce sera le cas de Road Show en 1990.

Une première date de tournage est annoncée, en mai dans le Montana. Sean Connery et Cher seront les deux stars de cette adaptation que Dubrow décrit comme : une variation de l’African Queen de John Huston.


Le scénario est signé Robert Getchell (Alice n’est plus ici) mais subira quelques corrections. Le tournage est repoussé de quelques mois. Cher préfère multiplier les dates de concerts ce qui complique considérablement le planning. En juin 1990, on apprend que le tournage débutera en août, repoussant ainsi le tournage de Robin des Bois, que compte réaliser McTiernan, de plusieurs mois.

Mais John McTiernan ne tournera ni Road Show, ni Robin Hood. Il ira tourner une autre romance d’aventure avec Sean Connery, Medicine Man. Le truck de Tukle continue quant à lui de rouler sur la grande route des projets maudits.

Watcher - 1979 - fiche technique

WATCHER

Réalisation :
John McTiernan

Scénario :
John McTiernan

Avec :
Diana Douglas
Eduard Frans
Vera Lockwood
Robin Williamson


Robin Williamson
artiste écossais, fondateur du groupe
The Incredible String Band et, à l'époque de Watcher,
de Robin Williamson and His Merry Band
spécialisé dans la musique celtique,
peut-être un indice sur la tonalité
du court-métrage de McTiernan.

Produit par :
The Center for Advanced Studies
The American Film Institute
Robert Mogill
John McTiernan
en association avec Carol Land

Images :
David Sanderson
Charles Worcester

Montage :
Paul Christianson
Karen Gealer
Jeffrey Land
Lawrence Stecky

Musique :
James Horner

Durée :
27 minutes

Format :
16 mm


Année de production :
1979

Projection connue :
Hollywood, Los Angeles
en novembre 1979 

vendredi 24 août 2012

Projet avorté - 1993 - Without Remorse


Without remorse (Sans aucun remords chez nous) est un roman américain de Tom Clancy qui fait partie du Ryanverse, il met en scène le personnage de John Kelly alias John Clark, un vétéran du Vietnam rappelé au service afin de libérer des soldats américains enfermés dans des prisons viet secrètes alors qu’il poursuit les trafiquants de drogues coupables du meurtre de sa petite amie.



Le livre sort en 1993 et bien sûr, le tout Hollywood se jette dessus, sauf que l’écrivain n’a pas du tout aimé le traitement que son livre Patriot Games (Paramount se rattrapera en 1994 avec Clear and Present Danger dans lequel le personnage de John Kelly apparaît sous les traits de Willem Dafoe), ont subi. Tom Clancy est d’accord pour vendre les droits à la toute nouvelle maison de production indépendante Savoy Pictures qui assure à l’auteur de The Hunt for Red October plus de contrôle sur l’adaptation de son œuvre. Pour cela, la Savoy Pictures débourse 2,5 millions de dollars.

Willem Dafoe dans Clear and Present Danger

Dans un article du LA Times daté du 5 novembre 1993, on apprend que Savoy Pictures est en négociation avec John McTiernan pour la réalisation de Without Remorse. Le choix de McTiernan est clairement le choix de Clancy que l’on sait satisfait du résultat de A la poursuite d’Octobre Rouge.

Un article de Variety du 29 novembre 1993 revient sur la somme dépensée par Savoy Pictures et l’implication artistique de Tom Clancy. L’auteur a eu un entretien de cinq heures avec une jeune scénariste de Baltimore, Christine Roum qui a su le convaincre, par son intelligence et la brillante analyse de son roman qu’elle était capable de transformer les quelques milles pages de Without remorse en un film de studio. Roum doit se mettre au travail à la fin de l’année 1993, le film est La priorité du petit studio qui enchaîne pour l’instant les flops…

Le film est toujours dans la liste des films en pré production de 1995. McTiernan vient de finir Die Hard with a vengeance et va bientôt se perdre dans l’adaptation de Eaters of the Dead. Le projet passe dans les mains de John Milius qui a travaillé en tant que scénariste sur Clear and Present Danger. Milius veut assurer l’écriture, toujours en partenariat avec Clancy, et aussi la réalisation de Without remorse.
 
John Milius et ses hobbies

Gary Sinise est choisi pour jouer le rôle de John Kelly, Laurence Fishburne le rejoint au casting. Un budget de 30 millions est débloqué, auxquels sont ajoutés près de 20 millions de dollars pour le marketing. Mais le projet est annulé deux semaines avant le début des prises de vues. Milius raconte dans un entretien que Savoy Pictures a d’un seul coup tout arrêté sans payer personne.

Cinq ans plus tard la Paramount, qui a produit les deux dernières adaptations de Clancy, rachète les droits en 2000. En 2002, La somme de toutes les peurs, sort sur tous les écrans et c’est un bide. Jack Ryan est joué par je-suis-meilleur-réalisateur-qu’acteur Ben Affleck, et le personnage de John Kelly est incarné par Liev Schreiber. La même année, l’écrivain et scénariste Ross Klavan (Tigerland) est engagé pour écrire le scénario de Without remorse.

Liev Schreiber dans The Sum of all Fears

L’année 2006 voit l’arrivée sur le projet de John Singleton. Le réalisateur dit vouloir adapter lui-même le livre et le réaliser. Le film serait produit par Michael Ovitz pour Paramount. Singleton voudrait revoir Willem Dafoe dans la peau du vétéran, mais il sait que ce n’est pas dans le plan du studio. Il ne veut surtout pas Keanu Reeves, qui rappelons-le, a, en 1994, refusé la somme de 7 millions de dollars pour jouer John Kelly.

Quatre ans plus tard, en 2010, la Paramount engage Stuart Beattie (un des scénaristes de la série des Pirates des Caraïbes et réalisateur de Tomorrow, when the war began et du futur I, Frankenstein) pour écrire le scénario. L’action du livre se déroulant dans les années 70, Beattie doit actualiser l’histoire. Mais ça ne marche pas. Paramount embauche alors Shawn Ryan connu pour être l’auteur de séries comme The Shield et The Unit mais rien ne bouge.

2012, près de vingt ans après la sortie du livre, le développement hell que connait le projet semble en fin de vie. Une des raisons pourrait être la volonté de Paramount de faire des aventures de Jack Ryan une nouvelle franchise qui débuterait avec le film Jack Ryan réalisé par Kenneth Brannagh (et interprête du méchant). Chris Pine jouera Jack Ryan aux cotés de Keira Knightley et de Kevin Costner, le supérieur du héros.

Mais Kevin Costner n’est pas pressenti pour jouer uniquement dans la franchise mettant en scène Ryan mais aussi dans celle de John Clark/Kelly, dont les récentes rumeurs annoncent qu’il serait interprété par Tom Hardy (Mad Max Fury Road). Ce qui est sûr pour l’instant c’est que le scénariste et réalisateur Christopher McQuarrie écrit sa version de l’histoire, connue pour être très dense, noire et violente, et qu’il réaliserait le film.
 


Tom Hardy prochain John Kelly/Clark ?


mardi 21 août 2012

Petit retour sur Last Action Hero

Traduction de l'article The life and the death of Last Action Hero, du numéro 269 du magazine américain Empire.


L’été 93 est une sale période pour Rainier Wolfcastle, l’un des personnages secondaires les plus apprécié de l’univers des Simpsons, la star de films d’action d’origine autrichienne connue pour être un des propriétaires du restaurant Planet Springfield (aux côtés de Chuck Norris, la troisième femme de Johnny Carson et aussi de la mafia russe), et la tête d’affiche de la franchise McBain, citons McBain IV : Décharge fatale et McBain VI : Vous avez le droit de rester mort, voit son déclin résumé dans l’épisode désormais culte, Le garçon qui en savait trop, dans lequel Bart lors d’une soirée déballe ses impressions.

            « Hé, McBain, je suis un grand fan, mais ton dernier film est nul ! », se plaint Bart.
            « Je sais », soupire la star bodybuildée, « Il y a eu des problèmes de script dès le premier jour de tournage. »
            « Moi, je dis… », intervient le chef Wiggum, « Ticket magique, mon cul, McBain ! »
            Rainier se tourne alors vers sa femme, baisse les épaules et lui dit : « Mon cœur puissant est brisé, je serai dans mon humvee. »




Wolfcastle n’est pas réel (ce qui s’applique malheureusement aussi à son film Je tirerai encore sur ton visage), mais pour la personne bien réelle qui a servi de modèle au personnage, l’échange cité plus haut n’aurait rien eu de drôle. Avec sa propre histoire de ticket magique et qui, et oui, a connu dès le premier jour de tournage des problèmes de script, Arnold Schwarzenegger vient de subir son premier grand flop au cinéma, après un tournage si problématique qu’il est entré dans la légende hollywoodienne. Les amis sont devenus ennemis. Des tonnes d’argent liquides ont flambé. Et Danny DeVito a même doublé en chat de dessin animé. La création de Last Action Hero est devenue l’histoire d’horreur que les exécutifs de studio se racontent encore aujourd’hui autour d’un feu de camp. « Ce qui est étrange c’est que les Simpsons nous ont inspiré en premier. » se souvient Zack Penn, coscénariste de la première version du scénario. « On s’est dit, si cette série peut déconstruire les genres tout en les respectant, pourquoi ne le ferions-nous pas dans un vrai film d’action ? Mais quelque chose en chemin s’est brisé, le film s’est perdu, et personne n’en est sorti blanc comme neige. »


Zak Penn
                                                   
Penn et Leff, deux jeunes diplômés de l’université de Wesleyan dans le Connecticut sont des fans de films d’action. Alors en 1991, ils décident d’écrire un script ambitieux, Extremely Violent, qui fonctionne à la fois comme une déconstruction du genre et un hommage direct à ses films d’action. « L’idée de base c’était : est-ce que ça ne serait pas cool de voir un enfant aspiré dans un film d’action déjanté et qui utiliserait ses connaissances du genre pour en subvertir tous les clichés ? », explique Penn. « On l’a surnommé, la Rose Pourpre Inversée après avoir réalisé que notre histoire était l’opposé du film de Woody Allen, La rose pourpre du Caire où un personnage sort de l’écran de cinéma pour se retrouver dans le monde réel. » Pour leurs recherches, la paire de scénaristes se rend dans le vidéoclub le plus proche. « On a loué tous les films d’action auxquels on pensait et on a fait une liste de toutes nos interrogations. Est-ce que le méchant secondaire meurt avant ou après le méchant principal ? Est-ce que le partenaire du héros est un vétéran du Vietnam ? C’était marrant à faire, même si regarder les films de Steven Seagal peut être une vraie torture pour l’âme. » Extremely Violent*, que l’on peut trouver facilement sur la toile, est à la hauteur de son titre. Dans la séquence d’ouverture, le flic invincible Arno Slater démastique une horde de tireurs dans un centre commercial de Los Angeles, les pulvérisant avec son pistolet doté d’un viseur laser, tout en sortant des punchlines telles que : Le shopping, ça peut être l’Enfer ! Mais toute cette séquence se révèle être la bande annonce d’un film à l’intérieur du film. Plus tard, après que l’adolescent ait pénétré le film, il utilise ses connaissances de l’histoire pour aider Arno à s’en sortir.

Le scénario atterrit sur la table de Chris Moore, aujourd’hui producteur de films tels que The Adjustement Bureau et de la série des American Pie, il n’était alors, en 1991, qu’un agent. « Pour moi, c’était comme une version moderne du Magicien d’Oz », se souvient Moore. « L’enfant à des problèmes familiaux. Son père est parti et il ne s’entend pas bien avec sa mère. Et au lieu de partir au pays d’Oz, il fait ce que tous les enfants d’aujourd’hui rêveraient de faire, entrer dans un film. » Moore n’est pas le seul fan. A la grande surprise des scénaristes, Columbia Pictures, le studio de Sony, achète le script 350 000 dollars. Un miracle en entraînant un autre, le scénario attire l’attention de la star qui a inspiré le personnage d’Arno Slater, Arnold Schwarzenegger. « Jamais on aurait pensé avoir Arnold », raconte Penn. « On était seulement deux gars assis dans mon appartement, à penser que peut-être quelqu’un lirait notre histoire et devinerait la référence. Quand on a su qu’il voulait le faire, Adam et moi on s’est regardé et on a pensé la même chose : c’est complètement dingue ! »

Leur rêve devient réalité mais il va vite se transformer en cauchemar. Arnold Schwarzenegger sort du succès phénoménal de Terminator 2, et il est bien décidé à ne plus faire le moindre compromis. A l'époque de Extremely Violent, Arnold a un autre projet sur le feu, une comédie familiale qui s’appelle Tooth Fairy**, dans lequel il jouerait le rôle de la Tooth Fairy (Nda : oui, l’équivalent américain de notre petite souris, tu as des dents, serres-en un max.) Columbia, terrifiée à l’idée de voir s’échapper la plus grande star du monde, rencontre Schwarzenegger dans son restaurant de Santa Monica, le Schwatzi. La star fume son cigare cubain Roméo & Juliette, boit du schnaps et explique qu’il adore le concept : un enfant se retrouve dans un film. Cela a réveillé en lui le fantasme du petit garçon autrichien qu’il avait été, à savoir chevaucher le même cheval que John Wayne mais il pense que le scénario n’est pas assez professionnel. Arnold a aussi un problème avec la violence extrême d’Extremely Violent.

A leur grand étonnement, Penn et Leff sont rapidement écartés du projet. A la demande d’Arnold Schwarzenegger, Columbia appelle la plume la plus chaude du moment à Hollywood. Le premier scénario de Shane Black, l’Arme Fatale, a posé les bases d’une franchise lucrative et son dernier script, Le dernier samaritain, lui a rapporté la coquette somme de 1, 75 millions de dollars. Arnold et Black se connaissent déjà, puisqu’ils ont joué ensemble des mercenaires dans Predator. « L’ironie, c’est que nous sommes allés aux archives de la MPAA pour lire tous les scripts de Shane Black », raconte Penn. « Nous étions fans de son travail, il était pour nous le Elmore Leonard du film d’action. La situation est devenue surréaliste parce que nous sommes passés de ; Nous parodions le travail de ce type à maintenant c’est lui qui reprend notre travail. Ça devenait de plus en plus étrange. »


Shane Black (à gauche) et Arnold sur le tournage de Predator

                                    
Pour Shane Black, qui s’accorde une pause dans la pré production de Iron Man 3 pour répondre à nos questions, retravailler le scénario n’a pas été si compliqué. « Moi et mon partenaire, David Arnott, nous devions prendre cette petite histoire, où pas beaucoup de chose se passaient, pour la transformer en un vrai film d’été, donc ajouter des pièges, des règlements de compte et des retournements. Zack semble penser que nous avons trahi son histoire, mais j’étais assez fier de ce que nous avons fait. Nous avions un gag totalement barré qui voyait Arno Slater lever le bras, attraper une griffure de la pellicule et poignarder le méchant avec. Je me souviens que Columbia nous a dit à l’époque que l’idée leur plaisait mais tout à coup, les choses ont changé. » Black attribue ce retournement de situation soudain à l’arrivée sur le projet de John McTiernan, l’homme derrière les classiques de films d’action Die Hard et Predator. « McTiernan a fait beaucoup de films qui ont marché au box-office, alors le studio a dit : laissons-le faire ce qu’il veut. C’est ainsi que John a tout réécrit. J’ai beaucoup de tendresse pour John. C’est quelqu’un de très intelligent qui a beaucoup de choses à dire. Il n’aimait juste pas ce que nous avions écrit. » En regardant les choses de loin, les scénaristes du script original deviennent de plus en plus anxieux. « On a toujours pensé que ce serait quelqu’un comme Robert Zemeckis ou encore John Landis qui réaliserait le film », raconte Penn. « Quelqu’un qui serait déconstruire le genre. J’aime Shane et j’aime John McTiernan. Je n’aurais pas regardé autant leur film si cela n’avait pas été le cas. Mais je pense vraiment que c’est plus facile pour une personne extérieure au genre de se moquer des conventions des films d’action plutôt qu’une personne qui en a défini les codes. »




La tension monte d’un cran assez rapidement sur le projet désormais appelé Last Action Hero. Penn raconte que Black lui a raccroché au nez durant un appel et Schwarzenegger n’est toujours pas satisfait par le script. C’est au tour de Black et d’Arnott d’être remerciés. Le script lui, est soumis au légendaire écrivain William Goldman. Un million de dollars sont déboursés pour quatre semaines de réécriture. « A l’époque, ce genre de chose faisait office de police d’assurance pour qui voulait garder son poste à un niveau exécutif », dit Black. « Un script bancal et l’exécutif tout tremblant de l’envoyer à un célèbre auteur pour un million de dollars, juste pour dire : ouais, le script est solide désormais. On lui a injecté des vitamines. Attendez, attendez, attendez…Il lui faut une touche féminine. Donnons-le à Carrie Fisher. Sacrifier de l’argent à cet énorme monstre, ça permet aux gens de retrouver un souffle normal. Même si le film est mauvais, ils peuvent dire : ce n’est pas de notre faute. »



William Goldman

Carrie Fisher


Aux côtés de Fisher et de Goldman, plusieurs autres script doctors, comme Larry Ferguson (A la poursuite d’Octobre Rouge), ont apporté quelques modifications. Ainsi, le projectionniste du cinéma préféré de Danny, est passé d’un personnage démoniaque à un homme très gentil, une scène dans laquelle une douzaine de vilains iconiques du cinéma surgissent dans le monde réel a été ajoutée puis supprimée, même le prénom de Slater est passé d’Arno à Jack. Une autre scène qui se déroule pendant l’avant-première où Slater, alors échappé de son film Jack Slater IV, rencontre le vrai Schwarzenegger, et le traite de crétin, juste bon à faire de la pub pour son Planet Hollywood. Plus Columbia jette de l’argent dans le script, plus les problèmes s’accumulent. Un soir, un McTiernan désespéré appelle Black, lui demande de jeter un œil sur les séquences d’action. « J’ai refusé. », dit Black. « On nous vire et maintenant il faut qu’on réécrivent les scènes d’explosion et d’hélicoptère ? J’ai considéré ça comme une insulte à mon orgueil professionnel. »


La touche féminine du film


Malgré tout le brouhaha qui agite les coulisses, Last Action Hero obtient finalement le feu vert, et l’accord de la star en août 1992. Toutes les craintes de Columbia s’envolent. Avec un chèque de 15 millions de dollars pour Arnold Schwarzenegger, et un autre de 60 millions pour le budget du film, Last Action Hero est en passe de devenir le film le plus cher de toute l’histoire du cinéma. Le président du studio, Mark Canton, déclare alors au journal LA Times que : « l’été prochain est la saison qui va m’assoir ou me briser. C’est le plus gros budget. C’est la meilleure chose que j’aie jamais faite. » Sont aussi prévu un jeu vidéo Last Action Hero, une ligne de jouet Mattel, une campagne Burger King chiffrée à 20 millions de dollars, et un disque de Hard Rock. On annonce aussi, sans savoir que cela sera fatal au film, la date de sortie. Quoiqu’il arrive, le film sortira le 18 juin 1993.








Austin O’Brien, qui a été engagé pour jouer le rôle de Danny, après avoir rencontré Arnold Schwarzenegger à plusieurs reprises, se souvient du rythme effréné du tournage à la fin de l’année 1992, et du pointillisme de la star sur tous les détails le concernant. « On a passé la première semaine du tournage à tester des voitures. Arnold me conduisait dans différents modèles pour trouver la voiture qui correspondait le mieux au personnage de Jack Slater. C’était vraiment un procédé bizarre. Je me souviens aussi que les bottes de Slater posaient un vrai problème à Arnold. » La star sort même son carnet d’adresses afin de recruter des amis ou des anciens collègues. « Je faisais de la postsynchronisation pour un film indépendant quand j’ai reçu un appel d’Arnold », raconte Robert Patrick, son ennemi dans Terminator 2. « Il a dit : Robert, je veux que tu refasses l’apparition du T-1000, comme dans Wayne’s World. Je pense qu’on a même parlé argent, pour l’amour du Christ. Arnold me répétait : Tu dois le faire pour moi ! Tu dois le faire pour moi ! »



teaser réalisé en octobre 1992


« Le tout aurait profité d’un peu plus de digestion. », remarque John McTiernan. « Le film a pris, à partir du moment où le studio a donné son feu vert jusqu’à sa sortie, neuf mois et demi pour se faire. Il m’aurait suffi d’un seul mois pour le terminer. Avec le recul, je pense que nous avons été quelque peu trop sûrs de nous. »




McTiernan est un survivant. Le réalisateur a vécu plusieurs épreuves durant les deux dernières décennies, un divorce amer suivi par une affaire l’impliquant directement dans l’enquête des écoutes téléphoniques d’Anthony Pellicano, sans parler du remake de Rollerball. Alors quand il décrit son expérience sur Last Action Hero comme étant : « la plus mauvaise expérience que j’ai vécu dans ce business. », vous comprendrez l’ampleur du désastre. Au début, les choses n’allaient pourtant pas si mal. Pendant les premiers jours de prises de vue, deux journalistes du magazine Premiere sont convoqués au Hyatt Regency Long Beach Hotel où le puits de goudron de La Brea a été recréé à fort frais, ainsi que des dinosaures géants. Arnold Schwarzenegger, assis torse nu en face de sa caravane, mange de l’espadon et plaisante sur la consommation du faux goudron : « Ça a le même goût que la boue accompagnée de champignons ! » Telle est l’ambiance bonne enfant qui règne sur le plateau. Premiere apprend aussi que la star a joué un tour au réalisateur en lui offrant pour son anniversaire un petit striptease.


 Austin O'Brien avant
                                                                   

Pour O’Brien, qui a l’opportunité de rencontrer Mickael Jackson et de faire des batailles de serpentins avec Arnie, l’amusement était constant. « Tous les jours quelque chose d’extraordinaire se passait, une voiture volait au-dessus d’un camion, une fusillade énorme », se souvient-il. « Et le budget était tel que si nous faisions exploser quelque chose et que le résultat ne plaisait pas, on refaisait l’explosion ! »


Austin O'Brien après
                                                                   

Mais en coulisses, les esprits commencent à s’échauffer. Durant une visite sur le plateau, Black et Arnett sont invités par un exécutif du studio à entrer dans la loge de Schwarzenegger. McTiernan est témoin de la scène et se jette sur le couple de scénaristes, furieux et convaincu qu’ils conspirent derrière son dos. « J’ai essayé de lui expliquer », raconte Black. « Mais après ça, John n’a plus été le même en notre présence. » Penn aussi revient, on lui offre un petit rôle d’officier de police. Mais ce geste de réconciliation est un leurre. « Après quelques semaines, un acteur se tourne vers moi et me dit : Zack, je déteste dire ça, mais si tu regardes le placement de la camera, tu verras que tu n’es jamais dans le champ. McTiernan te rejettes complétement du film. Vous pouvez voir mon ombre si vous regardez en détail. J’en ai ri quelque temps après. C’était tellement fou. Pourquoi ne m’ont-ils pas dit simplement que je pouvais rentrer chez moi ? »



and introducing...


Plus sérieusement, c’est le film lui-même qui est en danger. McTiernan n’arrive pas à trouver le ton qui convient au film. « Le chef du studio n’arrivait pas à se décider, il hésitait entre le pur film d’action et le film pour gosses. », admet aujourd’hui le réalisateur. « On me poussait dans plusieurs directions. Quand on m’a envoyé le script, la chose que j’aimais le plus c’est qu’il était très irrévérencieux. Mais le tout fut édulcoré. Et on a juste essayé d’en venir à bout. » Durant les dernières semaines de tournage, McTiernan ainsi qu’une bonne partie de l’équipe travaillent jusqu’à 18 heures par jour.



Arnold s'accorde une pause sur un toit new-yorkais factice avec un célèbre culturiste japonais.


« Je me souviens bien qu’au fur et à mesure, John semblait de plus en plus fatigué, toujours plus hagard. », se souvient O’Brien. « Il était super avec moi, quand nous obtenions quelque chose de bien, il redevenait un enfant et sautait partout. Mais un jour, j’ai pris la mesure de toute la pression qu’il portait sur ses épaules. Ils avaient reconstruit le toit d’un immeuble de New-York en studio et je m’accrochais à une gargouille, j’étais tenu par un harnais. Il était tellement serré que je n’arrivais plus à respirer. Mais j’étais trop nerveux pour dire quelque chose alors je me suis évanoui pendant quelques secondes. Des gens sont venus couper mes vêtements, ça a été quelque chose d’assez effrayant. Je me souviens que McTiernan est venu vers moi après et il m’a dit : dans ce genre de situation, je me fiche de ce qui se passe, tu me le dis et on répare ça. N’aies pas peur, tu n’as rien fait de mal, mais on ne peut pas se permettre d’arrêter de tourner. »




Si le calendrier de tournage est une vraie torture, l’enfer de montage les attend. Une méta comédie d’action comme Last Action Hero exige de la précision au montage pour que les blagues et l’action fonctionnent. D’après McTiernan, les rushs passaient directement de la caméra à la paire de ciseaux. « Quelque chose comme trois semaines après la fin des prises de vues, il fallait que le film sorte en salle. », se lamente-t-il. « Vous connaissez l’histoire, le département montage dit à Cécile B DeMille : les monteurs tombent comme des mouches, et DeMille répond : Embauchez plus de mouches ! » Nous vivions ça. Il y a énormément de séquences dans le film qui venaient juste de sortir de ma caméra. On coupait à même la pellicule, et voilà la séquence ! Ce n’était pas monté du tout. »


Black recolle les morceaux avec McTiernan et s’offre une petite projection du produit fini. Mais il lui est impossible de trouver quelque chose de positif à dire. « C’était un gâchis. Il y avait un vrai film à faire, qui ne demandait qu’à sortir et qui m’aurait beaucoup plu. Mais ce qu’ils ont fait ressemblait à un patchwork de scènes très aléatoires et discordantes. Le choix du gamin a été l’une des plus grandes erreurs de la culture occidentale. Aussi, ils ont réécris tous mes dialogues et je n’aime pas les dialogues qu’ils ont écrits. » Des fragments d’idées essayent sans succès de fusionner à l’écran. La scène fantasmée où l’on voit Arnold Schwarzenegger dans les habits d’Hamlet et qui met KO un méchant avec le crâne de Yorick est une idée de Penn et Leff. Le méchant Bennedict, joué par Charles Dance, avec sa panoplie d’œil interchangeables est une création de William Goldman. Et la scène où le duo héroïque doit déplacer le cadavre d’un gros gangster bourré de dynamite, Leo The Prout, revient à Black et Arnott, qui ont piqué l’idée dans un livre policier de Richard S. Prather : The Meandering Corpse. « On pensait que c’était visuellement intéressant la façon dont il détournait le sac mortuaire. Mais John n’a pas tourné les scènes qui expliquent pourquoi la dynamite était là. », note Black.




A un certain point, l’idée centrale du film montrant Slater évoluer dans un monde à la Arme Fatale, bourrée de clichés de film d’action, est devenue extrêmement floue. Par exemple, alors que le séquence du commissariat contient des gags vraiment drôles tournant autour du chef colériques, elle est rabaissée par un trop plein de caméos, un Terminator, Sharon Stone rejouant son rôle de Catherine Tramell de Basic Instinct, un chat de dessin animé appelé Whiskers, et plus étrange encore, un groupe de personnages ressemblant à des robots de l’espace. « Il y avait soudain toutes ces petites références qui allaient à l’encontre de l’histoire. », dit Penn. « C’est devenu : allons au vidéoclub et faisons une blague sur Stallone qui prend ta place. Je ne sais pas pour vous mais je n’ai jamais vu un film de Steven Seagal où il se rend dans un vidéoclub. » Chris Moore est d’accord là-dessus. « On a trop dévié de notre route. Si on avait eu plus de temps, quelqu’un se serait levé et aurait dit : Putain mais vous faites quoi avec ce chat de dessin animé ? Ce qui de l’extérieur, ressemble plus à la décision d’un drogué qu’autre chose. »


                                                                    
La très/trop longue bande annonce


Le temps est la seule chose qu’ils n’avaient pas. Après une projection test désastreuse, un spectateur traite le film de gros œuf au plat qui gît là, la décision est prise de tourner une nouvelle fin. Branlebas de combat. Mais avec tellement d’argent dépensé, la Columbia préfère montrer un visage serein et confiant. En fait, ils ont surcompensé les problèmes en payant la plus grande campagne publicitaire de l’histoire du cinéma. Non content de dépenser la somme, dit-on, de 750 000 dollars uniquement pour le trailer, le studio lâche 500 000 dollars de plus pour voir le nom du film collé à une fusée de la NASA, clamant fièrement : « C’est la première fois dans l’histoire de la publicité qu’une navette est utilisée. » Malheureusement, un petit problème technique reporte le lancement des mois après la sortie du film. La malédiction de la promotion continue quand un ballon de 75 pieds de haut, et représentant Schwarzenegger tenant un bâton de dynamite est érigé à Time Square. L’attentat au camion piégé de la tour nord du World Trade Center survenu le 23 janvier 1993, est encore dans tous les esprits, le geste n’est pas du meilleur goût. Le ballon est vite dégonflé et remballé.




La fanfaronnade incessante continue pourtant mais le retour de bâton n’est pas loin. A Cannes, Arnold déclare : « J’ai achevé un autre grand film, et les critiques sont d’accords pour dire qu’il va rencontrer un énorme succès. » Et Sid Ganis de promettre : « De grands chiffres nous attendent. » Pour McTiernan qui regarde la situation depuis la salle de montage, les regrets s’accumulent. « Je n’avais pas le temps de m’impliquer plus dans la désastreuse campagne de presse, mais je dois dire que la campagne publicitaire a été encore plus catastrophique. S’il n’y avait pas eu tout ce barouf autour du film, ça aurait été plus facile de le vendre. Parce que, au fond, c’est un film très léger et qui a du cœur. Ce n’est pas Cléopâtre. C’est l’anti-Cléopâtre. Et s’ils y étaient allés plus doucement, ça aurait pu mieux marcher pour eux. » 


Next Action Dino

                                                                     
Le budget n’arrête pas de monter et le temps manque. Mais un problème encore plus grand menace. Un problème qui a mis plus de 65 millions d’année à surgir. Le dernier film de Steven Spielberg, Hook, a été un ratage complet ce qui conduit Canton à sous-estimer le nouveau projet du réalisateur, Jurassic Park. Quand Universal annonce que son blockbuster à dinosaures sort une semaine avant Last Action Hero, le patron de Columbia refuse de décaler la sortie de son propre film, malgré les suppliques venant de son propre camp. « Il était fou. », s’en amuse Penn. « Je l’ai appelé et je lui ai dit : Je veux voir Jurassic Park plus que Last Action Hero et Last Action Hero, c’est mon idée ! »




« Pure bêtise. », voilà comment McTiernan décrit la situation. « J’ai vu Jurassic Park cet été-là et c’est un film fabuleux, mais le studio a décidé de nous dresser les uns contre les autres, ce qui était assez idiot de leur part. Parce que nous n’étions pas le plus grand film d’action de tous les temps. Nous ne l’avons jamais prétendu. » Cette rivalité est devenue la grande histoire de l’été. Le Time magazine publie un article : Le Dinosaure et le Chien. Des articles se sont même intéressés au contraste entre les jouets Jurassic Park, qui se vendaient comme s’ils étaient en voie d’extinction, et ceux de Last Action Hero qui prenaient la poussière sur les étagères des magasins, à cause, peut-être, de la volonté d’Arnold Schwarzenegger de ne pas proposer une figurine le représentant avec une arme à la main.






Quand Jurassic Park sort, il rapporte dès le premier jour la somme de 47 millions de dollars. « Les lézards mangent le repas d’Arnie », s’écrie Variety. Les bureaux de la Columbia se sont mis à ressembler, dixit un employé de l’époque, à la maison blanche de Nixon pendant les derniers jours du Watergate. La première de Last Action Hero commence et tout le monde est au courant de la débâcle. Comme le personnage de John Hammond de Jurassic Park, la Columbia a dépensé sans compter, de la recréation du château Elsinore de Hamlet jusqu’au mannequin de Leo The Prout suspendu à une grue. Un flou entoure encore la venue des vedettes mais chaque arrivée est fièrement annoncée via le haut-parleur.




A la fête qui succède la projection, un éléphant trône au milieu de la salle (c’est une métaphore, bien que personne n’aurait été surpris de croiser un vrai éléphant.) « Tout le monde a bien mangé, tout le monde a bien bu, mais personne n’a évoqué ce qu’il avait vu. », dit Black. « C’était du genre : ne parlons pas du film, par contre parlons de ces extraordinaires canapés. » De son côté, Penn est assis misérablement dans son coin, à l’évènement qui aurait pu être le pic de sa carrière. « Ce n’était pas une expérience très plaisante. Les gens n’arrêtaient pas de me dire : C’est vous qui avez écrit toutes ces blagues à base de pets ? Non, non, non, ce n’est pas moi. Et pourquoi avoir fait tomber ce gamin du haut d’un immeuble dans la scène d’ouverture ? Mon enfant a pleuré. Je n’ai pas écrit ça ! »




Au final, le film rapporte 15 millions de dollars au bout de la première semaine et 137 millions dans le monde entier, ce qui est un peu mieux que l’autre four du début des années 90, Hudson Hawk, mais ça reste tout de même une énorme déception. Pour Schwarzenegger, c’est la preuve douloureuse de sa vulnérabilité. Il rebondira un an plus tard avec le film True Lies, mais l’apogée de sa carrière de gros bras est belle et bien derrière lui. « Etre rejeté aussi sèchement, ça peut vous briser le cœur. », dit McTiernan. Le réalisateur est lui aussi entré dans une sale période, souffrant d’un stress post traumatique typiquement hollywoodien. « C’était une époque folle où tout était possible. Je suis quand même heureux de l’avoir fait, mais on est allé trop loin. » Les amitiés ont tout même survécu à l’expérience. « Après que le film soit sorti, Arnold, John et moi on est allé boire une bière. », se souvient Black. « John ne comprenait toujours pas comment il avait plus plongé aussi bas. Il était au courant des problèmes du film, mais il était tout de même fier de ce qu’il avait accompli. A la fin de notre discussion, on est devenu vraiment excité quand il nous a raconté le concept du nouveau Die Hard qu’il préparait. C’était bon de le revoir sourire. »




Près de vingt ans plus tard, les choses se sont calmées. Même Penn et Black, qui se sont croisés lors de la première de Captain America, ne s’écharpent plus de manière inventive. Malgré tous ses défauts, Last Action Hero ressemble moins à un désastre qu’à une curiosité très coûteuse. Au moins, contrairement au torrent actuel de suites et de remakes plus ou moins insipides, le film a de l’ambition à revendre. Il a ouvert la voie à beaucoup d’œuvres référentielles et parodiques comme le Hot Fuzz d’Edgar Wright et Kiss Kiss Bang Bang, de Shane Black. Même Moore ne rejette pas l’idée d’en faire un remake. « Je suis sûr que vous publierai ça dans votre article. On me jettera vite fait dehors et un producteur de chez Sony ira le tourner la semaine prochaine. » Toutes les personnes impliquées sont d’accord pour dire que Last Action Hero a marqué la fin d’une époque d’excès à Hollywood. « En un sens, c’est le dernier grand film arrogant. », admet Black. « Peut-être que ceux de Michael Bay sont de ceux-là. Mais il y a une arrogance propre à Last Action Hero, ce fut la célébration du dépensons de l’argent pour dépenser de l’argent. »


Michael Kamen (1948-2003)


Moore va encore plus loin. « C’était un moment historique, où un nombre considérable de personnes impliquées ont vu le désastre arriver, cela a causé un embarras et une gêne que toute l’industrie a ressenti. Quelqu’un aurait dû intervenir et dire : Bon, on a certaine des personnes les plus talentueuses au monde et des ressources presque intarissables. Quel film sommes-nous en train de faire ? Au lieu de ça, tout le monde a évité les discussions, alors le film s’est attaqué et s’est dévoré lui-même. C’est la mise en garde ultime ! »





* Si l'auteur avait bien lu le script, il se serait rendu compte que le titre Extremely Violent est en fait le titre du film dans le film, qui s'appelle The Last Action Hero.

** Projet connu aussi sous le nom de Sweet Tooth, dans lequel Arnold aurait pu interprété le rôle d'un marine découvrant au chevet de son père mourant qu'il doit reprendre le flambeau de la Tooth Fairy...