mercredi 19 septembre 2012

BASIC - Le dernier film d'un réalisateur




Nous le savons depuis fin août dernier, John McTiernan fera douze mois de prison ferme pour avoir menti au FBI dans l’affaire des écoutes téléphoniques du privé (mais pas trop) Anthony Pellicano. L’empêchant ainsi de continuer son art, pourrait-on dire, sauf que cela fait dix ans que McTiernan n’a pas touché une caméra et on ne peut pas dire que ce soit les projets qui manquaient. Citons-en quelques-uns histoire de remuer le couteau dans la plaie : adieu Shrapnel et son duel physico-psychologique guerrier, adieu Run/The Chase et sa poursuite en bagnole longue de 100 pages de script, adieu Deadly Exchange et son terroriste se vengeant d’un agent du FBI, adieu High Stake et sa chasse à l’homme dans les rues scintillantes de Las Vegas etc… Dix années d’espoirs pour les fans en manque de la mise en scène dynamique et spatiale du maître, dix années nous séparant de la sortie discrète de Basic, son ultime film. Question. Peut-on déceler dans ce film les indices de ce triste constat ?




A Hollywood, rares sont les carrières de réalisateurs qui se retrouvent stoppées nettes. Seule la mort et dans le cas de McTiernan, des ennuis judiciaires graves alliant longue procédure et peine de prison ferme ont le pouvoir de mettre un terme à la carrière d’un réalisateur aussi important. C’est pourquoi le cas de McTiernan est un cas unique. Il faut donc traiter Basic en tant qu’œuvre unique qui a tout autant sa place dans l’histoire du Cinéma que le Dubliners de John Huston, La comtesse de Hong-Kong de Chaplin ou bien encore Complot de famille de Hitchcock, au-delà des qualités formelles inhérentes au cinéma de son auteur.




Quand McTiernan tourne Basic en 2002, le mal est fait. Il a serré la main du Diable, cependant, il y a toujours la possibilité que cette mauvaise action, tel un crime parfait, passe inaperçue et que le réalisateur continue sa carrière comme si de rien n’était. C’est peut-être dans cet esprit-là que McTiernan travaille sur Basic, ou alors voit-il en sa conception une sorte de bonus que le destin lui accorde. Mais voilà, Basic ne ressemble pas au film ultime d’un auteur conscient de diriger son équipe pour la dernière fois. Cela pourrait s’expliquer par le fait que Basic suit Rollerball, le brulot de McTiernan conspué par une grande partie de la critique et du publique, désigné comme un véritable suicide artistique.




Le réalisateur n’aurait pas fait Basic s’il n’y avait pas eu Rollerball, cet adieu aux films de studio en forme de doigt d’honneur, adoptant le style MTV pour mieux montrer qu'avec un cerveau ce style peut être écrit et d'une belle manière, ce film anar mettant en scène la fin d’un type de divertissement galvanisant la masse populaire et surtout pauvre. Si Rollerball est cet adieu haineux adressé à Hollywood, Basic peut être vu comme la suite logique de ce départ, une révérence timide et sincère adressée au publique qui le suit depuis la sortie de Predator et qui a compris le projet du réalisateur : lui offrir un spectacle intelligent, dénué de cynisme donc profondément humain, tout en étant pensé formellement. Basic est le film qui correspond le mieux à ce projet tant sa version nous est présentée de la manière la plus pure, un peu comme si David Cronenberg était passé directement d’un film comme Scanner à Spider. Le choc peut paraître brutal, il permet surtout de s’attacher aux personnages, ici des personnages typiquement McTiernaniens, qui doivent s’adapter à des situations hors normes sinon extraordinaires et se dépasser, prouver leur valeur pour gagner le respect de l’autre, qu’il soit un personnage du film ou simple spectateur du film.




La formule fonctionnait à merveille dans Le Treizième Guerrier mais tout était dans le pitch du film, un homme de lettre arabe intègre un groupe de guerriers vikings, alors que dans Basic, elle éclipse tout bonnement cette histoire d’unité de marines disparue dans la jungle humide du Panama. Basic raconte avant tout la prise de conscience du personnage d’Osborne joué par Connie Nielsen. Derrière chaque vérité se cache un mensonge. Cela pourrait la décourager et valider ce que pense son supérieure, à savoir qu’elle n’a pas les épaules assez solides pour résoudre seule le mystère. Mais son hostilité et son rejet de coopération du début se muera en une motivation à toute épreuve. Combien de fois Tom Hardy feindra de laisser tomber la partie comme pour stimuler l’envie d’Osborne. Une volonté que rien n'arrête. Elle sera le seul personnage à utiliser la violence physique pour faire surgir des bouts de vérité : Julie Beauté explose le nez de son ex, agresse Tom Hardy dans un local, tue son supérieure, investi la planque de la Section 8 arme à la main. La vérité la plus dure à révéler vaut tous les coups.




Si on accepte l’idée que Basic est le dernier film de John McTiernan alors sa dernière scène est l’une des scènes les plus importantes de l’histoire du cinéma. Commençons d’abord par La phrase importante du métrage, qui sonne comme un déclic dans la tête d’Osborne et qui amène cette dernière séquence : All we got to do is tell the story right, en français ; tout ce que nous avons à faire c’est dire la même chose. Cette ligne de dialogue, véritable leitmotiv du film est déclamée par deux membres de la Section 8, en premier par Dumbar/Pike et en second par Tom Hardy. Cette phrase pose tout le problème de Basic car elle lie la notion de facilité (all we got to do) avec un discours qui est censé représenter la Vérité (is tell the story right). Elle oblige surtout Osborne à sortir physiquement de la base et de suivre la jeep de l’homme qui venait tout juste de gagner sa confiance et qui détient la clef de la Vérité. Rétrospectivement, cette phrase en forme de conseil ne sera pas suivie par McTiernan puisqu’il mentira à l’agent du FBI et c’est ce mensonge qui mettra fin à sa carrière. L’aurait-il suivi s’il avait su que Pellicano enregistrait toutes ses conversations téléphoniques ? Peut-être. Et si l’agent du FBI ne lui avait pas téléphoné mais s’était présenté badge à la main à son domicile ? Sûrement.

 


Si Rollerball ressemble au dernier film hollywoodien officiel, conscient de McTiernan, Basic en est son reflet inconscient dès lors qu’il place son action dans le monde militaire américain, un monde d’ordre et de valeur, une sorte d’Hollywood moral s’opposant à celui clairement immoral du remake de Jewison. Ce n’est pas un hasard si cette vision d’Hollywood intervient après celle de Rollerball, McT n’ayant pu prouver via les écoutes téléphoniques qu’il a commandées sur la personne de Charles Roven, le producteur de Rollerball, sa théorie selon laquelle une partie du budget était jetée par les fenêtres ou glissée dans certaines poches. Hollywood en est-il devenu pour autant moral ? Non, puisque une personne comme McTiernan est prête à payer un privé comme Pellicano pour exercer ses talents. Hollywood a donc ses failles, c’est une réalité que le réalisateur, à cause de sa paranoïa, a expérimenté de près. Tom Hardy est obligé de demander à Osborne si elle sait pour la drogue. Tout le monde est potentiellement coupable ou complice. C’est le moment idéal pour Osborne de contre-attaquer, d’interroger cet agent de la DEA sur les liens qu’il entretient avec le monde de la drogue mais elle ne le fait pas. Se doutait-elle alors de quelque chose ?




Osborne sort donc de la base sans trop savoir où Hardy la mènera. La boule de billard géante lui indique qu’elle entre dans le territoire de la fameuse Section 8 dont elle ne sait toujours pas si elle se trouve du bon ou du mauvais côté. Osborne penche naturellement pour la seconde option puisqu’elle ignore que le sergent West est toujours en vie. Il suffira que le sergent West apparaisse et l’invite à s’assoir pour qu’elle baisse enfin son arme et commence à souffler. A ce moment du film, Osborne est au plus près de la Vérité, elle a non seulement retrouvé le sergent West vivant mais elle est en présence de cette vérité, personnifiée par cette étrange famille qu’est la Section 8. Que peut-il donc lui arriver désormais si ce n’est intégrer cette famille, faire partie de cette vérité ? Tout le monde s’accorde à dire qu’elle le mérite, qu’elle a sa place dans un groupe qui opère dans l’ombre pour le bien, rectifie les erreurs des systèmes soi-disant infaillibles, tels que l’Armée.




Tout le film mène à ce moment, tout ce qui précède nous prépare à cette main tendue, car il ne s’agit de rien d’autre. L’utilisation du Boléro de Ravel apporte une étrange mélancolie à cette scène, compile deux sentiments ressentis par Osborne à savoir le départ d'un monde et l'entrée dans un autre. Osborne réfléchit à la proposition tout en regardant cette petite famille ordinaire et conviviale se préparer à dîner, décide finalement d’y entrer en demandant une bière, boisson qu’elle déteste. Elle épouse donc les coutumes de sa nouvelle famille comme un geste de remerciement. Osborne a trouvé sa vraie place, jamais un film n’a su, avant Basic, montrer aussi bien ce moment. C’est ce qui lui donne sa force et sa vraie place dans l’histoire du Cinéma, outre le fait qu’il s’agit là d’un dernier film.




L’ironie avec cette scène c’est qu’elle montre l’inverse de ce qui s’est produit dans la réalité pour son auteur. Si Osborne intègre la Section 8, McT, de son côté, sort de la grande famille du Cinéma. Considérons maintenant que le personnage d’Osborne soit une version innocente du réalisateur. Son entrée dans la Section 8 est-elle toujours un bien ? Pas si sûr, quand on sait que les membres de cette unité spéciale sont privés d’identité, d’existence (West n’est plus qu’un nom gravé sur une tombe du cimetière d’Arlington) et de crédibilité (Hardy, la DEA et les parrains de la drogue). On peut penser qu’elle accumulera ces trois inconvénients comme l’a fait depuis McTiernan dont le nom est devenu une sorte de tabou dans la sphère hollywoodienne actuelle. J. J. Abrams, qui pille ouvertement le travail du réalisateur (voir son utilisation outrancière du lens flare) préfère parler d’hommage à Spielberg, un nom plus respectable. Il n’y a eu dernièrement que Brad Bird pour citer celui de McTiernan, à l’occasion de la sortie de son Mission Impossible IV mais le McTiernan des débuts, celui de Die Hard, tant qu'à faire ne gardons que le meilleur. D’existence, puisque McT n’a plus rien tourné depuis dix ans, sauf un documentaire dénué de tout son art, film-témoignages montrant les dégâts causés sur des démocrates américains par le très républicain Karl Rove. Et enfin de crédibilité car comment faire confiance désormais à quelqu’un qui a mis sur écoute son propre producteur. Cela ferme définitivement quelques portes utiles, surtout à Hollywood.




On ne peut que regretter ce constat, d’autant plus que McTiernan avait trouvé en la personne de John Travolta son alter ego quasi parfait (le titre est toujours tenu par le personnage de Denis Leary dans Thomas Crown). Il épouse à merveille la mise en scène de McTiernan, se révèle étonnamment moins rigide qu’un Pierce Brosnan et est largement moins cabotin que d’habitude (comment ne pas penser au rendez-vous manqué Shrapnel dans lequel Travolta devait affronter l’acteur cabotin ultime du moment, Nicolas cage). Ce double plus mature donc que le personnage joué par Connie Nielsen, se permet un retour dans un milieu qu’il connait très bien, l’Armée/Hollywood auquel s’accrochent d’anciennes connaissances, de vieux amis devenus ennemis depuis qu’ils ont choisi de se servir du système à des fins contraires aux valeurs sur lesquelles il repose. Hardy/McT évolue dans cet univers et ne trouve que la déception. Il est le seul survivant d’une époque révolue, comme si le fait de rester trop longtemps à l’intérieur d’un système pouvait avoir une influence maléfique sur les personnes. Le seul salut étant de s’éloigner de lui dès que possible sous peine de devenir mauvais. Hardy et Osborne l’on fait, ainsi que McTiernan mais d’une manière telle qu’il lui en coutât sa carrière. Une carrière si belle, si morte.


mardi 11 septembre 2012

Projet avorté - 1990 - Road Show


Le point de départ de l’aventureuse adaptation de Road Show est le livre éponyme de l’auteur texan Robert Day dans lequel un conducteur de bétail, le bien nommé Spangle Star Tukle, doit rallier Kansas City avec son camion rempli de bêtes. Il est accompagné de sa femme, Opal Pearl, de Jed, un vieux cow-boy de 70 ans et de Leo, un jeune étudiant. Ce petit monde sera entre autre poursuivi par la police, des politiciens, un hélicoptère de la télévision et même une tornade.



Donna Dubrow, futur femme de McTiernan acquiert les droits du livre en 1977. La MGM les récupèrera l'année suivante et propose le rôle du cow-boy routier à Jack Nicholson. Mary Steenburgen est alors envisagé pour jouer la femme de Tukle. Mais les choses traînent, Martin Ritt et Richard Brooks se déchirent la casquette de réalisateur.

En 1983, c'est la chanteuse Cher qui convoite le rôle d’Opal Pearl. Ce qui n’est pas du goût de Jack Nicholson, la star de Shining veut à tout prix caser sa nouvelle petite amie, l’actrice Debra Winger. La MGM change de direction et annule finalement le projet.


Donna Dubrow récupère les droits de Road Show après une procédure longue de 6 ans et transfère le projet de la MGM à la Fox. Nous sommes en 1990, The Hunt for Red October sort sur les écrans et fait un carton. Dubrow et McTiernan sont mariés depuis deux ans et veulent collaborer ensemble sur des projets qu’ils produisent et que McTiernan se charge de réaliser, ce sera le cas de Road Show en 1990.

Une première date de tournage est annoncée, en mai dans le Montana. Sean Connery et Cher seront les deux stars de cette adaptation que Dubrow décrit comme : une variation de l’African Queen de John Huston.


Le scénario est signé Robert Getchell (Alice n’est plus ici) mais subira quelques corrections. Le tournage est repoussé de quelques mois. Cher préfère multiplier les dates de concerts ce qui complique considérablement le planning. En juin 1990, on apprend que le tournage débutera en août, repoussant ainsi le tournage de Robin des Bois, que compte réaliser McTiernan, de plusieurs mois.

Mais John McTiernan ne tournera ni Road Show, ni Robin Hood. Il ira tourner une autre romance d’aventure avec Sean Connery, Medicine Man. Le truck de Tukle continue quant à lui de rouler sur la grande route des projets maudits.

Watcher - 1979 - fiche technique

WATCHER

Réalisation :
John McTiernan

Scénario :
John McTiernan

Avec :
Diana Douglas
Eduard Frans
Vera Lockwood
Robin Williamson


Robin Williamson
artiste écossais, fondateur du groupe
The Incredible String Band et, à l'époque de Watcher,
de Robin Williamson and His Merry Band
spécialisé dans la musique celtique,
peut-être un indice sur la tonalité
du court-métrage de McTiernan.

Produit par :
The Center for Advanced Studies
The American Film Institute
Robert Mogill
John McTiernan
en association avec Carol Land

Images :
David Sanderson
Charles Worcester

Montage :
Paul Christianson
Karen Gealer
Jeffrey Land
Lawrence Stecky

Musique :
James Horner

Durée :
27 minutes

Format :
16 mm


Année de production :
1979

Projection connue :
Hollywood, Los Angeles
en novembre 1979