lundi 26 mai 2014

29 juillet 1998 - Un déjeuner au Four Seasons

Cet article du Los Angeles Times date du 9 août 1998, il s'intitule How much bigger can the bang get, soit Comment le bang (d'une explosion) peut devenir plus gros ? Autour de cette table, que l'on imagine solide et à l'épreuve des balles, cinq artisans testostéronés du film d'action hollywoodien :

Michael Bay
Steven E. De Souza
F. Gary Gray
John McTiernan
Jonathan Mostow















par Amy Wallace

Le cadre était élégant, ce qui est étrange compte tenu de la liste des invités. Parmi eux, trois réalisateurs, un scénariste et un scénariste réalisateur plus connus pour leurs grosses explosions que pour leur délicatesse à table. Ils se sont retrouvés à Los Angeles West, l'autre jour, autour d'une grande table au restaurant du jardin de l'hôtel Four Seasons, pour siroter des coupes en cristal et parler du cinéma de destruction de masse.

Michael Bay, Steven E De Souza, F. Gary Gray, John McTiernan et Jonathan Mostow ont répondu à l'invitation du Times pour discuter de l'avenir d'un genre qui a récemment connu un grand nombre de succès : le film l'action. A entendre les critiques, la plupart des films d'action sont devenus prévisibles, racoleurs, voir même chiant. Pour comprendre pourquoi, le journal a organisé ce déjeuner, et les cinq invités ne nous ont pas laissé tomber.

Quelques uns dans le groupe se sont déjà rencontrés. McTiernan et De Souza on travaillé ensemble sur un des archétypes du film d'action, Die Hard. Bay et Gray ont occupé des salles de montage voisines quand ils travaillaient sur leur plus récent projet.

Le film de Gray, The Negociator est sorti le jour du déjeuner, alors, un poil nerveux par rapport au box office, il a mangé une salade verte et pas grand chose d'autre. Mais la nervosité de ce jour de sortie ne l'a pas empêché de donner son avis.

Vous voulez entendre Gray allumer Bay sur son mode de vie dispendieux ? Vous voulez savoir comment, exactement, Gray a fait grogner McTiernan ? Vous voulez savoir quelle a été la mission d'écriture la plus stupide que De Souza a jamais entendu, pourquoi Mostow compte les voyages aux toilettes des spectateurs de ses films et quel acte infâme Bay dit qu'il commet dans le coffre de sa Ferrarri ? Lisez la suite.

De Souza : Le films d'action subit une routine créative en ce moment. Et l'un des principaux problèmes c'est comment les films d'action sont faits. Première raison à cela, l'existence d'un créneau. Le créneau peut-être, nous avons besoin d'un film pour Noël 1999. Ou, cet acteur est disponible. Le premier élément de cette oeuvre d'art est le créneau temporel. Le deuxième, un réalisateur sous contrat. Laissons le s'en occuper, qu'il soit ou non la bonne personne. Alors ce qu'il se passe, c'est qu'ils décident de faire un film à cause de ce créneau, de cette star, de ce réalisateur.

McTiernan : Attends, attends, tu oublies quelque chose. Un film tentpole (film au succès assuré, ndr) comme celui-là est bien souvent une grosse décision pour le studio impliqué. Alors ils ne feront pas d'engagement précoce. Ils en feront à la toute dernière minute. (il regarde Bay). Nous avons tous les deux faits des films en neuf mois porte à porte (du feu vert à la première). 

De Souza : Mais remarquez que personne n'a encore parlé de scénario. Ces films se mettent en route avant qu'il y ait un script. Avant, tout partait du script.

Bay : Maintenant, les choses ne deviennent vraiment sérieuses qu'à l'arrivée d'un acteur. Alors seulement les studios commencent à dépenser de l'argent pour engager des scénaristes.

De Souza : Donc le scénario est la dernière chose sur laquelle les gens se concentrent.

Gray : J'ai eu de la chance sur Le Négociateur. J'ai lu le scénario et je l'ai adoré. J'ai eu les acteurs que je voulais. J'ai eu le temps qu'il fallait pour le faire. Mais je pense que la partie business du truc fait définitivement de l'ombre à la partie créative. On dirait que les statistiques et les enquêtes sont plus importantes que trouver un moyen de faire quelque chose d'original. Elargissons le public. Ne contentons pas seulement celui que nous croyons déjà avoir dans la poche.

De Souza : C'est une chose étrange que nous faisons, un mélange d'art et de de commerce. Mais ce que tu as dit sur les statistiques et la recherche, c'est ce qui nous tue. Parce que tout le monde essaie d'analyser ces données pour obtenir la certitude qu'avant de faire quoique se soit, le film sera un succès. Je suis en train de lire un livre appelé "Peintures à numéros : Le guide scientifique de l'art par Komar et Melamid", par ces deux artistes russes, Vitaly Komar et Alexander Melamid. Ils ont demandé aux américains : Quels sont les sujets que vous aimez dans une tableau ? Quelle taille, quelles couleurs vous préférez ?

(la table éclate de rire - cela leur semble très familier) 

De Souza : Ils ont été en mesure de prouver sans contradiction que la peinture la plus populaire en Amérique est un paysage de la taille 36 par 48 pouces, à dominantes bleue et verte avec des baigneurs pique-niquant près d'une rivière. Et George Washington et un hippopotame doivent aussi faire partie du tableau. Je vous le dis sans mentir. Ils ont embauché des bureaux d'études pour trouver tout ça, les mêmes bureaux d'études qui disent aux studios ce que le public veut voir. C'est de la folie, ces enquêtes et ces données. Tout ça pour dire que, si vous faite du divertissement, vous devez à un moment donné faire confiance à vos cojones.

Mostow : Il y a deux problèmes : les films en eux-même et ensuite, leur commercialisation. Il y a beaucoup de films d'action qui sont assez bons, mais ils sont vendus de telle manière que le public, qui maintenant est devenu incroyablement intuitif, ne donne plus aucune chance au film. Et les critiques n'en parlons pas. Ces gens du marketing, sont comme les russes (de De Souza). Ils lisent les rapports d'études et pondent des pubs pour plaire au public mâle de moins de 25 ans. Et votre film est étiqueté film d'action débile et inintéressant. J'ai vu cela se produire sur un film que j'ai fait l'année dernière (Breakdown avec Kurt Russell). J'en cherchais une publicité et je me suis dit, je ne veux pas voir ce film

De Souza : Dans mon prochain film (Knock Off), Jean Claude Van Damme combat 48 gars à la fois. C'est la séquence d'action la plus folle que j'ai vu. Mais la bande annonce le fait ressembler à n'importe quel autre film. J'ai dit, il y a des trucs vraiment étranges, décalées dans ce film. Et les mecs du marketing ont dit, oui, mais nous ne voulons pas le mettre dans la bande annonce, nous pensons que ça va mettre de côté le public des films d'action.

Mostow : Les grandes idées viennent à un ryhtme naturel. Que vous soyez un scénariste ou un réalisateur, un certain nombre de ces idées géniales arrivent chaque année ou dans une vie, et la quantité de grands films est pratiquement la même d'année en année. Le sentiment de routine que nous ressentons à l'égard de ces films vient principalement, je pense, du fait qu'ils sont vendus de cette manière.

Bay : Je veux savoir ce qu'est cette "routine". L'industrie du cinéma atteint des records en ce moment. 

De Souza : Les gens qui suivent la meute, ça en fait partie. Ces enquêtes aussi. Cela fait presque 15 ans que je suis dans l'industrie, et à l'époque le marché mondial est aussi devenu un facteur. Les films d'actions étaient les premiers à sortir dans le monde entier parce qu'ils n'ont pas besoin de sous-titres. Ce n'est pas du Noel Coward (dramaturge britannique, ndr). Et pendant un moment, de nouveaux marchés émergeant, vous ne pouviez pas perdre de l'argent avec un film d'action. Je suis allé à des réunions de créativité avec des personnes qui n'avaient jamais fait de films d'action, mais ils voulaient savoir parce qu'ils savent très bien que ça va rapporter de l'argent à l'étranger. Ces gens vous demande ce qu'il doit y avoir dans ce film. Ils disent que le héros doit être un béret vert en disgrâce ou alors un policier qui fait les choses à sa façon.

Bay : Qui est divorcé. 

McTiernan : avec un hippopotame. 

De Souza : J'ai la chance de monter à bord de trains comme Die Hard et 48 heures, des films qui sont vus comme des archétypes de buddy movie et de cocote minute claustrophobique. Mais après, les gens veulent ça encore. On m'a envoyé un scénario récemment pour le réécrire et le réaliser. Ils ont dit, nous pensons qu'il vous plaira. C'est une sorte de Die Hard dans un building. (Le premier Die Hard se déroule dans un gratte-ciel.)

Bay : C'est comme ça qu'ils décrivent tous ces films : "Die Hard" sur "Le Rocher" ! (référence à The Rock, ndr

De Souza : Je ne peux pas tout le temps écrire sur du papier carbone. Alors j'écris des choses bizarres, décalées entre ces gros films que je ne peux pas refuser parce que j'ai une hypothèque et une pension alimentaire à payer. 

Bay : Mais regardez qui fait de l'argent désormais. Les films d'action le font. Il faut sauver le soldat ryan, prenez-le de n'importe quelle manière, ça reste un film d'action. Vous avez cinq scènes d'action, vous partez en mission avec ces gars. Le film prend vie quand le public s'émeut en se disant : Oh mon Dieu! Je suis coincé dans la mêlée.

Gray : Mais c'est différent. Tu ressens de l'émotion dans ce film, alors que dans la plupart des films d'action qui sortent, tu ne fais que gratter leur surface à part les frissons. 

Bay : Je disais juste que les films d'action rapportent de l'argent. 

Gray : Oui, mais parlons-nous d'argent ou de créativité? 

De Souza : Il y a une liste de choses qui reviennent dans les films d'action en ce moment. Des otages, des terroristes, des poursuites en voitures, des combats à mains nues, une scène dans un strip bar et des flics amis, un noir et un blanc. Vous savez combien de problème il a eu (De Souza pointe Bay) pour avoir deux types noirs dans un film de flics ? Vous ne pouvez pas faire ça. L'un des deux doit être blanc. 

Bay : Tu as totalement raison. J'ai eu 9 millions pour faire Bad Boys avec Will Smith et Martin Lawrence. C'était mon premier film et le studio n'y croyait pas parce que les types noirs ne s'exportent pas. Ils ne marchent pas en Europe auprès du public. C'est ce que l'on m'a dit. 

De Souza : J'ai eu de la chance sur Knock Off parce que le réalisateur venait de Hong Kong et le producteur d'Israel, alors ni l'un ni l'autre ne savait qu'il était impossible d'avoir une actrice principale noire, Dieu merci. Lela Rochon a été géniale, alors elle a eu le rôle. 

Gray (à McTiernan et De Souza): Vous faites ça depuis longtemps. Y a-t-il eu une fois où vous avez eu peur de prendre la décision (de faire un film) pour les mauvaises raisons ? Parce que vous savez que le film va marcher, ou vous savez que le studio va le sortir dans 3000 salles avec assez de promotion derrière ? Vous êtes vous déjà trouvé dans cette position où vous vous êtes dit, je sais que c'est plein de stéréotypes et ce n'est pas par passion, mais peut-être que je pourrais le retravailler un peu ? Je sais que c'est une question difficile. 

McTiernan : Est-ce qu'il demande si nous nous sommes déjà vendus ? (en rigolant) 

De Souza : Est-ce qu'on est des putes ? 

LA Times (à Gray): Avez-vous peur de faire ça vous même? 

Gray : Je demande si vous y avez déjà pensé. Je ne dis pas que je suis inquiet de faire ça. J'ai déjà mon lot de problèmes depuis que j'ai refusé de faire un film (Le professeur Foldingue 2 pour Universal et Imagine Entertainment) qui était très très gros. 

De Souza : Des problèmes avec qui ? Votre agent ? 

Gray : Avec le studio.

(La question de Gray reste sans réponse.) 

Mostow : S'il n' y a seulement que cinq bons scénarios par an, et que les grands studios fournissent 200 films, qu'est-ce qu'ils vont faire ? Les films d'action deviennent une réponse très facile parce que vous pouvez les remplir avec certains éléments de genre et cacher le fait qu'ils n'ont pas vraiment d'idée centrale. Le pire ça été l'été dernier. Les films s'enchaînaient sans idée… Je ne les nommerai pas. (rire) Alors oui, le film d'action s'exporte bien parce qu'il n'a pas besoin de sous titres. Mais aussi parce, si vous êtes un studio, vous pouvez au moins faire ça et vendre un ticket à huit dollars, même s'il n'y pas vraiment d'idée au coeur du film. Et c'est ce qui, en tant que spectateur, me révulse.

Bay : L'autre jour j'étais à mon bureau pour discuter de scripts. J'ai dit, les gars vous avez quoi ? On s'est assis à une table grande comme celle-là et ils ont tous commencé à me balancer des pitchs. Il devait y avoir au moins 12 idées. J'ai dit, les gars, vous devriez vous entendre. C'est des flics qui font ci, des flics qui font ça, qu'est-ce qui se passe ici? C'était que des films de flics. Des flics déchus. Des flics qui essaient de prouver leur innocence. 

Gray : Un flic qui est un vampire.

Bay : Non, je n'ai pas d'histoire de vampire. 

Gray (à McTiernan) : Qu'est-ce que vous en pensez ? Je respecte et suis votre carrière depuis longtemps. La raison qui m'a fait venir ici aujourd'hui, c'était pour entendre les types qui font ça depuis un bail. 

McTiernan (grognant) : C'est horrible. C'est comme si soudainement, j'étais devenu le grand vieillard. 

Gray : Non, je voulais juste entendre vos avis. 

McTiernan : Je pense que nous sommes pour la plupart responsables de ce que nous faisons. Il y a toujours des cons pour dire ce qui fera un bon film, ou un joli paquet d'oseille. Et c'est de notre seule faute si nous les écoutons…Y a-t-il beaucoup de films banals qui sont faits aujourd'hui ? Bien sûr. Mais il y en a toujours eu. Depuis longtemps, les éléments d'un film d'action suffisaient à lui garantir le succès. Mais ce n'est plus possible aujourd'hui. Les prix des stars sont montés tellement hauts que ces films n'ont pas seulement besoin de ces éléments, ils doivent être bons.

LA Times : Et par "bons" vous voulez dire l'histoire ? 

McTiernan : Pas nécessairement. Quelques fois, c'est l'histoire. Cependant, il y a des films qui n'ont pas tellement d'histoire et qui sont d'une façon ou d'une autre intéressants, ou qui ont quelques éclats, ou qui représentent quelque chose pour le public.

De Souza : Les spectateurs ont tout vu aujourd'hui. Il y a une base de données dans le cerveau de chaque spectateur, et ils reconnaissent très rapidement, c'est un buddy movie, où sont les dealers de drogues ? Tous ces clichés, ils les connaissent. Breakdown de Jonathan était fabuleux en cela qu'il répondait à une à une question terrifiante, pourquoi les méchants font ce qu'ils font ? Parce qu'ils sont cupides, des enculés et ils tueraient n'importe qui pour 1000 dollars. Pas des mecs qui veulent conquérir le monde depuis une base secrète cachée sur la Lune. 

Bay : On pourrait peut-être utiliser Big Blue (IBM ou la chaîne de video club Blockbuster, ndr) y inclure tous les films d'action et obtenir une nouvelle combinaison.

Los Angeles Times (à Bay) : Vous avez été critiqué pour Armageddon pour votre montage trop cut, pour la pauvreté du scénario, pour des mouvements de caméra trop nerveux.

McTiernan (sarcastique) : Des mouvements de caméra trop nerveux ? Oooh, honte sur vous. 

Bay : Oh, je sais. C'est peu dire que j'ai eu des mauvaises critiques sur Armageddon. Mais, vont-ils au moins voir le film. Le film va faire à peu près un demi milliard de dollars de recette. Parfois les critiques ne voient pas ce que le public attend. L'âge moyen d'un critique est de 45 ans. Est-ce que vous pensez qu'ils vont dire aux 25 ans, voilà ce que vous devez voir? De manière basique, ils vous assaillent. Ils disent que vous êtes stupide de voir ce film. J'ai vu un critique estimé du Los Angeles Times assis là dans la salle, avec 600 personnes en train de rire, et lui faisait la grimace. Je le regardais. C'était comme, Je déteste qu'ils aiment ce film. Je vais torturer ce réalisateur. 

De Souza : J'ai lu ça dans un magazine : est-ce que Michael Bay est l'antéchrist ? 

Los Angeles Times : Non, c'était : le Diable. 

Bay : Quentin Tarantino, c'était lui l'antéchrist. Il m'a appelé et il a dit : Hey, ils ont déjà dit ça à mon encontre. 

De Souza : Pour le montage, c'est vraiment quelque chose de générationnel. La capacité de prendre une information a changé. Prenez un film hypothétique d'il y a cinquante ans. Bogart dit à Bacall, on se verra à Paris. Puis on coupe sur un avion qui vole. Puis on a un fondu sur la tour Eiffel, puis un sous titre qui dit Paris, France. Et puis coupe sur un petit café et on retrouve les personnages à une table. Aujourd'hui, plus besoin de passer par tout ça. On se voit à paris, puis coupe sur un cendrier et vous êtes dans un bistro.

Mostow : D'après vous, dans quelle mesure les critiques seraient différentes sans les campagnes marketing géantes ?… Quelle part de critique est liée aux attentes créés avant même la sortie du film ? 

McTiernan : Je pense qu'il y a une opposition qui vient de la résistance au marketing. Plus vous poussez le marketing, plus vous pouvez vous attendre à un retour de bâton. 

Bay : Ecoutez, la presse n'aime pas dire des choses gentilles parce que gentil c'est chiant. C'est beaucoup mieux de me traiter de Diable. Ce que nous faisons, ce n'est pas de la chirurgie du cerveau. Nous divertissons, purement et simplement, et nous sommes responsables du remboursement du film, et même des profits possibles. Les gros films aident les plus petits. 

Gray (à McTiernan): Vous n'êtes jamais nerveux ? Y a-t-il un moment, lors du tournage, durant lequel vous vous dîtes, qu'est-ce qu'il se passe ?

McTiernan : Est-ce que ça ne m'est jamais arrivé ? De quoi vous parlez ? Je suis terrifié la plupart du temps. 

Gray : Pourquoi? 

Bay : Parce que nous sommes des réalisateurs. On est tout le temps mécontents, de tout.

McTiernan : Si vous n'êtes pas un sociopathe, dans une certaine mesure vous êtes conscient de vos responsabilités ou des interactions avec les autres personnes et vous pouvez vous regardez et dire, je suis en train de dépenser les x millions d'une autre personne et je le fais sur des conjectures. Vous savez, il n'y a pas de manuel.

Bay : Pas de formule, comme tout le monde pense.

McTiernan : De temps à autre, vous vous réveillez et vous prenez conscience que vous évoluez au-dessus des chutes du Niagara, sur un fil, et vous étiez trop occupé pour réaliser que vous vous trouviez là.

Gray : Ok, alors quand le film est fini et que vous le regardez en présence du public et que quelqu'un se lève pour aller aux toilettes... 

Bay : Vous avez envie de l'attraper et de lui dire : Non ! Vous allez rater le film si vous partez maintenant ! 

McTiernan : Je ressens de l'échec quand je vois un type se lever pour aller aux toilettes. 

Mostow : Dans un film de quelqu'un d'autre, est-ce que vous prêtez attention à qui se lève ?

Bay : Vous ne remarquez même pas. 

Mostow : Mais au fond, vous les comptez. 

Los Angeles Times (To Gray) : On a dernièrement beaucoup discuté des stars de film d'action vieillissantes et le manque de nouvelles têtes. Une de vos solutions a été d'utiliser des acteurs qui n'étaient pas des stars de film d'action.

Gray : Dans Le Négociateur, c'était plus facile pour moi d'obtenir la profondeur que je désirais en choisissant Sam Jackson et Kevin Spacey parce que nous savons qu'ils vont nous donner plus qu'une simple glissade sur le capot d'une voiture ou une confrontation brutale avec les méchants. Je les ai engagé dans le but d'injecter un certain niveau d'humanité dans le film, afin d'obtenir le type moyen, proche de vous, plutôt que le héros hollywoodien typique, ciselé, musclé, et bronzé.

Mostow : Surtout à la fin des années 80, vous pouviez mettre dans le film tel ou tel acteur et vous obteniez un succès peu importe le script que vous aviez. Il y a eu un paquet d'acteurs qui ont joué à ce jeu et qui se sont faits un paquet de fric, mais je pense qu'ils ont épuisé le public. Vous allez au cinéma pour être surpris. Aujourd'hui, le public sait exactement ce qu'il va voir dans les films d'un grand nombre de "stars de renom". 

De Souza : Alors ils attendent la vidéo.

Mostow : Excatement. Regardez ces films qui font 22 millions le premier week end de sortie et puis regardez les films avec les grosses stars qui font genre 12, 16 millions. Le fait que vous n'avez plus besoin de ces stars est je pense, vraiment excitant. 

Bay : Oui, en effet.

Mostow : J'adore la plupart de ces acteurs et j'adore travailler avec eux, mais pour la santé de l'industrie du film, et spécialement celle du film d'action, c'est génial que le public s'ouvre à des nouvelles têtes. Maintenant le problème c'est… 

McTiernan : Où sont les stars ?

Mostow : Oui, où est le jeune Pacino, et le jeune De Niro ? Je veux dire, je peux nommer seulement trois acteurs qui m'éblouissent. Ed Norton, c'est un acteur incroyablement excitant qui vient juste d'exploser sur les écrans. Mais à part lui, je n'en vois pas beaucoup d'autres.

De Souza : Ce qui se passe maintenant c'est que, le moindre type qui tape dans l'oeil est poussé au centre de la scène. Le type connait un seul succès et après : Oh, il est fini. Ce n'est pas juste. Pendant des années, Bogart a joué le sous fifre de l'ennemi de Jimmy Cagney. Et après que Cagney ait tué Bogart dans huit ou neuf films, Bogart a finalement connu la célébrité. Mais ces années lui ont apporté de l'expérience. Maintenant, c'est vraiment brutal.

Los Angeles Times : Pourquoi révère-t-on autant les réalisateurs de Hong Kong ?

Gray : Ils n'ont pas de règles. Ils peuvent tuer, blesser, mutiler, découper les gens en tranche. Il n'y a pas de règles syndicales. Vous avez le champ libre. 

Bay : J'étais à Hong Kong avec Jackie Chan. Quand il dit, j'ai besoin d'une volkswagen. La production lui apporte une volkswagen, et il va faire ses propres cascades, six fois d'affilé et vous savez que s'il rate son coup, il meurt.

Gray : Il y avait, me semble-t-il, pour The Killer (le film de John Woo), plus de cent prises par jour. Si vous tournez plus de cent prises en une journée aux Etats-Unis, cela vous coûtera près de 100 millions, si ce n'est plus, tout dépend de qui joue dans le film. Là-bas, cent prises par jour ne vous coûtera pas plus de 20 à 30 millions.

Mostow : Les films d'action sont peu couteux si vous vous fichez de la sécurité. La partie la plus délicate dans un film d'action c'est de le faire en toute sécurité.

De Souza : Tout à coup, c'est devenu une conversation sur le tournage. Ces maudites personnes de l'OSHA et leurs règles de sécurité qui empêchent toute créativité. Mais qu'en est-il des règles esthétiques ? Je viens de faire un film avec le réalisateur de Hong Kong, Tsui Hark. Ces mecs de Hong Kong ne réalisent pas seulement des films historiques, des comédies, ou des films d'action contemporains, ils mélangent aussi ces genres en un seul film, créant ainsi une sorte d'imprévisibilité à l'intérieur du genre.

(On sert le dessert. Il s'agit maintenant de savoir qui est  responsable de l'uniformisation des films d'action) 

Mostow : Ce n'est pas que le studio est le méchant. 

Gray : Attendez une minute. Le studio n'est pas le méchant, bien. Politiquement, ça sonne très bien. Mais que se passe-t-il quand il s'agit d'encourager l'originalité ? Les personnes qui paient pour ces films sont responsables.

Mostow : Mais où est cette grande oeuvre que l'on empêche de sortir ? 

Gray : Allez, ça suffit maintenant. Vous me devez une pause. On est en présence de personnes qui font ce métier depuis très longtemps, qui se font plein d'argent, qui ont des hypothèques et  des pensions alimentaires à payer et ceci et cela. (il se tourne vers Bay) Tu as une Ferrari, n'est-ce pas ?

Bay : Deux. 

Gray : Deux Ferrari ! (il rit) Vous voyez ce que je veux dire ? 

Bay : J'élève ma progéniture diabolique dans leur coffre.

Gray : Je blague, mais en fin de compte, sommes-nous encouragés à faire des choses différentes par les gens qui mettent de l'argent dans ces projets ? Nous sentons nous tous ici encouragés à écrire et réaliser des films qui sont différents et qui ne subventionnent pas uniquement notre mode de vie ? Cela s'applique aussi aux acteurs. 

McTiernan : Les acteurs faussent le sujet. Les stars.

Bay : Qu'entendez-vous par "faussent" ?

McTiernan : Eh bien, si la mise en chantier d'un film dépend uniquement de la décision d'un des cinq gros poissons, alors vous trouverez un paquet de gens qui voudront écrire une histoire sur un homme blanc de 40 à 50 ans, qui résout des problèmes tout seul et qui se rend compte qu'il est l'obsession de tout ceux avec qui il entre en contact. Vous obtenez des scénarios flattant l'ego de ces cinq types qui sont bien sûr…(il fait une pause, sa voix remplie d'ironie) très mûrs, très sophistiqués et généreux avec les autres acteurs.

(la table explose de rire)

De Souza : Dans son livre "Aventures dans le commerce de l'écran", William Goldman parle de The Great Santini avec Robert Duvall. Il dit que seul un type comme Duvall, qui est un acteur à personnage, aurait pu réussir ce film dans lequel le protagoniste est totalement vicié. Goldman décrit comment, s'ils avaient eu une star, le film aurait été tordu et déformé pour s'y adapter et aurait été pour le coup bien différent.

McTiernan : Exact. 

De Souza : Peut-être parce ce que ces films d'action n'obtiennent pas vraiment le respect des gens qui payent pour les voir. Le respect vient surtout des fans. Quand je vais à des réunions de scénario, je ne vois pas les gens me contester comme ils le feraient pour une histoire d'amour, où quelqu'un dirait, en quoi est-ce différent de Nuits blanche à Seattle ?…au lieu de ça, ils disent, donne moi ce que tu m'as déjà donné. Ce n'est même plus du vieux vin dans de nouvelles bouteilles. C'est devenu du vieux vin dans des tonneaux de bière.

Bay (riant): Je ressens un peu d'amertume de ce coin là de la table (il regarde vers McTiernan et De Souza), de vous les gars qui faites ça depuis longtemps. Ce n'est pas aussi amer de ce côté. 

De Souza : Je dois y aller, en fait. Maintenant que j'ai sorti toutes mes nobles plaintes, je dois foncer à une réunion pour un film tiré d'un jeu vidéo. (Tout le monde se marre) Et après je dois me rendre à une autre réunion pour un film basé sur une série télé. Sur laquelle, en fait, j'ai déjà travaillé. La boucle est bouclée. Alors mon dernier mot sur le sujet sera. (Il fait une pause, puis se tourne vers Bay) Passe le bonjour à Satan de ma part.

samedi 17 mai 2014

Projet avorté - ? - The Stick Rider

Que raconte The Stick Rider, scénario commandé par John McTiernan à Dave Hunsaker ? Est-ce la première fois que les deux hommes travaillent ensemble ? Je pose la question comme le nom de Samuel Hadida apparaît juste au-dessus du sien. Le producteur français étant associé au film The White Phoenix projet autrefois appelé Murder in Canton que John McTiernan devait réaliser avant l'arrivée de Tsui Hark. Simple coïncidence ? Je mène l'enquête...


mardi 13 mai 2014

RED SQUAD - Casting to be announced at Cannes

D'après le site synopsis and trailers, le casting de Red Squad sera annoncé au festival de Cannes 2014, soit cette semaine ou la semaine prochaine. Autant dire que l'on a hâte. A noter aussi que le nom de John McTiernan a été ajouté à la liste des scénaristes. Pour le budget, qui reste le même, le réalisateur doit s'en contenter :

RED SQUAD
Genre: Action
Language: English
Director(s): John McTiernan
Screenplay/Writer(s): Jorge Suarez, Cam Cannon, John McTiernan
Executive Producer(s): Patricia Eberle, Hayley Arabia, Cam Cannon
Producer(s): Richard Rionda Del Castro, Michael Tadross Jr.
Cast: TO BE ANNOUNCED AT CANNES 2014
Agent: Hannibal Classics
Delivery Status: Pre-Production
Budget or Location: $26 Million
Year: 2014
Countries of Origin: USA

 
Hired by the director of the DEA, a secret team of mercenaries descend on a Mexican border town in an attempt to eliminate a vicious drug cartel.
Trailer @ Market or Not Yet Available 

dimanche 11 mai 2014

Projet avorté - 1995 - Lights Out

Avant de ressusciter sans plus de succès la série Le Saint, John McTiernan avait comme projet de réaliser pour la chaîne NBC, une anthologie d'histoires fantastiques appelée Lights Out, soit Extinction des feux en bon français.

Lights Out est à l'origine une émission de radio, adaptée ensuite à la télévision de 1946 à 1952. Elle proposait au spectateur demandeur de sensations fortes, de plonger pendant une vingtaine de minutes dans un thriller, dans l'horreur (light) ou le fantastique. Le concept n'est pas nouveau mais il a fait ses preuves. Une bonne anthologie repose autant sur la qualité et des scripts de ses épisodes que sur l'interprétation. Le budget n'était pas très élevé, un épisode pouvait jouer sur l'unité de lieu pour sauver les meubles.

extrait des notules lunaires du numéro 221 du magazine Starlog

Pour déterrer l'anthologie et l'aider à réaliser les épisodes suivant le pilote qu'il se charge de réaliser, John Mctiernan s'est entouré d'un habitué des adaptations télévisuelles des oeuvres de Stephen King, le réalisateur Mick Garris. Le projet n'aboutira pas mais les deux hommes collaboreront sur le téléfilm horrifique Quicksilver Highway, soit une autre anthologie regroupant deux récits de deux écrivains de l'horreur, à savoir Clive Barker avec The Body Politic et Stephen King avec Chattery Teeth.

C'était là toute l'ambition de John McTiernan avec Lights Out, offrir aux téléspectateurs des scénarios de qualité, tirés des oeuvres des meilleurs auteurs du genre. Mais Quicksilver Highway sera un échec. John McTiernan arrêtera de produire des oeuvres qu'il ne réalise pas. Quant à Mick Garris, il reviendra avec succès à l'anthologie horrifique avec la très bonne Masters of Horror. Une expérience intéressante mais qui ne durera finalement pas. Et maintenant, tremblez, à peu de frais :

jeudi 8 mai 2014

RED SQUAD - Will begin filming in August 2014 in Biloxi, Mississippi

Le d'août m'habite
C'est le site de Hannibal Classics qui nous l'apprend, le tournage de Red Squad est repoussé au mois d'août, a.k.a le mois du doute. Nous n'avons pas fini de crever d'impatience avant le début de ce satané tournage. Mais bon, restons calme. Si c'est bon pour le film, alors on va attendre sagement. En espérant tout de même qu'ils ne le repoussent pas ad vitam aeternam...

Je pense que Hannibal Classics veut entrer dans la cour des grands, une histoire à la Nu Image, m'voyez ? Je pense qu'après Cannes, ils vont nous sortir un casting de malade, et un budget un peu plus élevé que prévu. Un petit effort de 50 millions. C'est un risque, mais vous connaissez la chanson : sans risque pas de G.L.O.I.R.E... 

Après avoir vu la bande annonce de The Prince avec Bruce Willis et 50 Cent, on se dit que Jason Patric ne ferait pas tâche dans un McT flick... Je sais, je sais, on ne peut pas tout avoir. Allez, monsieur Del Castro, une co-prod avec votre compatriote Hadida de Metro Films, je sens que ça va discuter sec cette année à Cannes, de toute façon, il y aura un temps pourri, il n'y aura que ça à faire. Bosser, bosser, encore bosser.

vendredi 2 mai 2014

RED SQUAD versus SICARIO : ou La cinégénie de la lutte antidrogue

Hasard du calendrier, le canadien Denis Villeneuve tournera au mois de juin (pour rappel le tournage de Red Squad est prévu en août) à Albuquerque le film Sicario dans lequel Emily Blunt et Benicio Del Toro tiennent les rôles principaux. Black Label Media et Thunder Road Pictures produisent le film. Le scénario est signé Taylor Sheridan, d'habitude acteur dans les séries Sons of Anarchy et Veronica Mars.


Sicario raconte le parcours d’un officier de police (Blunt) qui traverse la frontière mexicaine avec deux Texas Rangers/Mercenaires pour débusquer un seigneur de la drogue. Passée la frontière, les choses vont tourner au vinaigre... On ne sait pas encore quel rôle jouera Benicio Del Toro mais après avoir vu Savages de Oliver Stone, on aimerait bien le revoir en boucher mexicain.

Par son sujet, le film fait penser à une version de luxe (même si les deux films devraient avoir le même budget) du très attendu Red Squad, qui sera sûrement plus fun et généreux en action. Les deux films auront cependant en commun une réalisation classique, loin des délires épileptiques qui gangrènent le cinéma d'action depuis l'arrivée sur le marché du parkinsonien Paul Greengrass. 

Après Sicario, Villeneuve enchaînera avec le film de S.F, Story of your Life, avec peut-être Amy Adams dans le rôle principal.

jeudi 1 mai 2014

RED SQUAD - Nicolas Cage laisse tomber Five Minutes to Live


Nicolas Cage se retire du projet Five Minutes to Live, remake d'un film de 1961 avec Johnny Cash que doit réaliser Chuck Russell. Peut-être que le projet ne lui plait plus mais peut-être aussi qu'il veut se consacrer entièrement au Red Squad de John McTiernan. Who knows ?

En tout cas, l'acteur n'aura jamais fait mention de l'escouade rouge pendant la promotion du film de David Gordon Green, Joe. Promotion durant laquelle il a dit être conscient des choix foireux qu'il a fait dernièrement et qu'il voulait reprendre sa carrière en main.

Avant Red Squad donc, il faudra se taper, Outcast un film de fantasy avec Hayden Christensen, puis Left Behind, l'adaptation d'un best seller chrétien réalisée par Vic Armstrong, un as de la cascade et enfin The Dying of the Light, écrit et réalisé par Paul Shrader dans lequel il donnera la réplique à la très belle Irène Jacob. En gros, ça donne :

Bouffer de la poussière avant l'or de Red Squad. (Outcast)
J'en ai marre d'être tout seul sur les photos, trouvez-moi un Squad, si possible rouge comme cette porte à ma droite. (Left Behind)
On n'est pas bien là, décontractés du gland ? (The Dying of the Light)

Le film de Russell a donc disparu de la liste des projets en cours de l'acteur tandis que Red Squad devient son seul film en pré-production.