jeudi 25 décembre 2014

Dan Bronson et John McT. Quatrième partie : Donna Dubrow & Flyboys


Cet article s'appuie essentiellement sur l'article 63 de ces confessions.


"Donna Dubrow and John McTiernan
invite you to join them
in celebration of their marriage
Saturday, the nineteenth of November
Nineteen hundred and eighty eight
at eight o'clock in the evening
at the home of Joel Silver."

Le chapitre commence par ce carton d'invitation. Dan Bronson et sa femme sont conviés au mariage du réalisateur et de la productrice chez Joel Silver, l'heureux producteur de Die Hard, le hit de l'été, dans lequel brille la nouvelle coqueluche d'hollywood, Bruce Willis, lui aussi invité avec sa femme, la très froide Demi Moore...

Puis Dan Bronson se souvient de la rencontre entre McTiernan, le réalisateur prometteur et Donna Dubrow, la jeune productrice très à l'aise avec tout le cirque hollywoodien. Deux personnalités différentes mais complémentaires.

A l'époque où le projet Nomads se concrétise, McTiernan et Dubrow sont tous les deux mariés. John essaie de vendre plusieurs projets. Il a sous le coude une nouvelle version de Robin des Bois qu'il finira par produire au début des années 90, puis la fameuse Quête de St. James Elk, film sur lequel il travaille dans le bureau qu'il occupe à la MGM avec le producteur Elliot Kastner.

Donna Dubrow en 1970,
dans la comédie Watermelon Man

de Melvin Van Peebles.
Puis Donna Dubrow divorce. John obtient son numéro et l'invite au cinéma. Pour voir quoi ? Pas n'importe quel film. Nomads, qui connait une sortie discrète un an ou deux après la fin de sa production grâce à un petit distributeur courageux, Atlantic Releasing Corporation. Le film ne fera pas d'étincelle au box office, mais il transpire le savoir faire de son créateur.

Entre la productrice dynamique et l'ours talentueux, c'est le coup de foudre. Donna Dubrow facilite la vie de celui qui n'aime pas la confrontation et les manigances nécessaires au bon fonctionnement de l'usine à rêve. Elle lui permet de penser un peu plus à son art et moins au bruit superficiel parasitant les tournages. Elle est présente lorsqu'il passe sa première grosse épreuve, Predator. Elle est là, aussi, sur le plateau de Die Hard, une épreuve plus difficile car il faut sans cesse retravailler le scénario, jouer au diplomate avec une star de série télé qui bosse le jour sur Clair de lune...

Die Hard sort le 15 juillet et explose le box office. Bruce Willis devient une star du grand écran et John McTiernan, un réalisateur à suivre de très près. Le couple se marie donc à l'automne de la même année, dans la maison de Joel Silver, le temple pré-colombien dessiné par le célèbre architecte, Frank Lloyd Wright.


Un mariage qui va durer une dizaine d'année, jusqu'au divorce prononcé en 1997. Un divorce en forme de guerre coûteuse, pour chacune des parties. La carrière de productrice de Donna Dubrow s'arrête net. Il rendra McTiernan aigri, voir (ou revoir) Thomas Crown et le personnage joué par Denis Leary pour constater les dégâts.

Pendant ces neuf années, le couple a produit quelques téléfilms via leur compagnie Tongue River productions, et essayé de monter quelques projets. Si Dan Bronson parle longuement de Juggernaut dans son livre, il est un peu moins loquace sur l'un de ses meilleurs scénario : Flyboys (chapitre 102). On sait juste que cet hommage aux pionniers de l'aviation, racontait le premier voyage autour du monde à bord de biplans à cockpit ouvert. Victime de la bataille opposant McTiernan et Dubrow, Flyboys restera malheureusement dans les tiroirs...

Dan Bronson posant avec son oeuvre,
25 scénarios dont les précieux
  JUGGERNAUT et FLYBOYS.

Si vous voulez en savoir plus, oui je n'ai pas tout raconté, ruez-vous sur Confessions of a Hollywood Nobody. C'est le livre à lire pendant les fêtes. Et pour une somme tout à fait abordable : moins de 5 euros au format Kindle. Pour une part d'histoire du cinéma américain des années 80 et 90, c'est donné.

Un immense merci à Dan Bronson pour sa confiance, son temps et son feu vert.

Dan Bronson et John McT. Troisième partie : JUGGERNAUT ou le mastodonte perdu


Cet article reprend les évènements décrits dans les chapitres 87, 88 et 89 de ces confessions.


Le chapitre 87, intitulé sobrement Yippi Kay-yay commence par la description d'une bande annonce qui a beaucoup impressionné le jeune Dan Bronson. Sorti en 1957 et réalisé par un certain Kurt Neuman, Kronos raconte l'arrivée sur Terre d'une machine extraterrestre vindicative. La bande annonce nous en met plein la vue, c'est la mode à l'époque, sauf que, comme beaucoup de série B sorties dans les années 50, le résultat souvent très décevant, et cela vaut autant pour les effets spéciaux que pour l'interprétation et l'histoire qui manquent cruellement de crédibilité...



La scène se passe au domicile du couple McTiernan-Dubrow, le Dan Bronson voit McTiernan sortir de la chambre avec une video cassette sous le bras. Le réalisateur la pose sur une table et demande à ce qu'elle retourne au vidéo club. Le scénariste reconnait le film, il s'agit de Kronos.

McTiernan veut faire un film sur le même principe, mais qui tiendrait cette fois-ci ses promesses. Le temps d'une promenade marquée par le froid et la neige du Wyoming, les deux hommes discutent, échangent des idées sur ce que pourrait être un film du genre de Kronos, aujourd'hui. Une chose ressort de cet échange : pour marquer les esprits, un tel film devrait atteindre la même intensité que le premier Alien. McTiernan donne deux coups de fils dans la foulée. Il appelle en premier le producteur Andy Vajna, pour qui il a fait Medicine man et pour lequel il prépare Die Hard with a vengeance. Il appelle ensuite un certain Mike Marcus devenu récemment le patron du studio MGM.

Plus tard, Bronson reçoit un coup de fil de son agent. La MGM veut négocier avec lui pour qu'il écrive le prochain film de SF produit par McTiernan. Donna Dubrow le rappelle aussitôt pour calmer le jeu. Apparemment, Markus a bu un verre de trop quand le réalisateur lui a parlé du projet et il n'a plus aucun souvenir de quoi parle exactement le film. Bronson est chargé de rafraichir la mémoire du boss de la MGM. Il rédige pour cela un mémo comprenant le titre du film, puis son résumé :

JUGGERNAUT
(mastodonte)

"Une force énorme, inexorable
ou un objet qui écrase et détruit
tout ce qui se trouve sur son passage"

Une sonde minière venant d'une lointaine galaxie s'écrase à côté d'une petite ville du Montana et se met à ravager les environs. La sonde est plus qu'une vie extraterrestre, c'est une machine parfaite, invulnérable, dénuée d'émotion et d'intelligence. Elle est programmée pour transformer et détruire tout ce qui se trouve sur son passage.

C'est avec ce mémo, plus l'aval de John McTiernan, que Dan Bronson conclut le deal le plus lucratif de sa carrière...

Dans le chapitre 88 (This is the way the world ends / C'est ainsi que finit le monde), Bronson révèle quelques secrets de cette histoire originale d'invasion. L'objet qui s'écrase sur Terre fait 9 mètres de diamètres et 91 de longs. L'impact ne le détruit pas. L'objet s'est enfoncé dans le sol, seul un bout ressort des ruines du ranch qu'il a détruit. Deux jours plus tard, après quelques morts mystérieuses, le sol se met à trembler. C'est la panique, les habitants de la ville croient d'abord à un tremblement de terre mais la vérité révèle quelque chose de bien plus incroyable. L'objet, qui sort de son trou, n'a plus du tout les mêmes proportions. D'une longueur de 1,6 kilomètres et d'un diamètre de 800 mètres, la sonde avance, en direction de Greenplains, la petite ville autrefois tranquille du Montana. Le shérif évacue la ville est regarde de loin, impuissant, sa destruction.

Une scientifique pense d'abord que la machine est là pour se nourrir de pyrite, l'or des plaines du Montana mais voyant que la machine commence à se diviser en deux, elle comprend que la sonde n'est qu'une usine, sa propre usine. Et comme une usine, l'objet rejette des déchets, notamment un gaz jaune qui transforme l'atmosphère. Les pluies acides qui en résultent détruisent les écosystèmes alentours.

Le shériff, la scientifique et quelques survivants de Greenplains décident de résister. Le shérif, un ancien de la cavalerie américaine, se souvient d'une chose à propos des tanks : inutile d'attaquer leur blindage, par contre faites lui manger une grenade et c'est la victoire assurée. Ils décident donc d'entrer dans la machine...

Le chapitre 89 (Not with a Bang but a whimper / Pas dans une explosion mais dans un gémissement) revient sur le travail de recherche colossal accompli par le tandem McTiernan-Bronson pour établir un mastodonte réaliste. Ils discutent avec Jackson De Govia, directeur artistique sur le premier Die Hard et avec qui McTiernan travaille à cette époque sur Die Hard with a vengeance. Il se trouve que De Govia est un spécialiste des sondes minières. Le scénariste et le réalisateur s'intéressent aussi aux différents programmes spatiaux (notamment ceux qui prévoient une exploitation minière de la Lune), aux sondes spatiales puis à des machines ou à des organismes qui peuvent s'auto dupliquer. Toutes ces données nourrissent le premier jet d'un scénario né dans la douleur mais dont l'auteur reste très fier. Vient ensuite l'heure des premiers avis, ceux de McTiernan, le premier intéressé...

Le réalisateur n'aime pas le prologue de l'histoire qui voit la sonde quitter sa planète. Il regrette aussi que la sonde ne sorte pas assez vite de terre. Il regrette encore plus son côté petit bras. En clair, le film met trop de temps à démarrer et n'est pas assez ambitieux. McT veut voir des bataillons de tank exploser, des B 52 s'écraser, des grandes villes paniquées et pas que des villes américaines. Donna Dubrow intervient et fait comprendre au scénariste que John ne compte pas seulement le produire mais qu'il désire aussi le réaliser. Bronson se remet à l'ouvrage et accouche d'une vision dantesque de l'invasion qui plait enfin à John mais aussi à la MGM. 

Problème, le studio voudrait le faire mais en amputant le budget prévu de 40 millions de dollars (il se trouve que Kronos a lui aussi subi en son temps, une coupe de budget). McTiernan réplique en insistant sur le fait que le projet peut attirer des Tom Cruise ou des Michael Douglas. Mais rien n'y fait...

Mike Marcus donne son feu vert et demande des réécritures pour que le film se fasse avec le budget qu'ils ont prévu. Bronson revoit donc sa copie. Lors de la première de Die Hard with a vengeance,  le scénariste demande à McT s'il a prévu des vacances (comprendre : avant d'attaquer ce gros morceau qu'est Juggernaut), le réalisateur lui répond qu'il aimerait enchaîner tout de suite avec le mastodonte. 

Mais quelques semaines plus tard, Bronson reçoit un appel du vice-président de la MGM qui lui apprend que McTiernan a quitté le projet. Le budget prévu par le studio lui posait vraiment un problème. Et à la question pourquoi le réalisateur n'a pas prévenu le scénariste de son départ ? Dan Bronson donne cette réponse : s'il y a bien une chose que John McTiernan déteste, c'est la confrontation. Dans ces cas-là, il faut vite passer à autre chose et faire comme si rien ne s'était passé...

Dan Bronson et John McT. Deuxième partie : Die Hard with some rewrites


Cet article s'appuie sur les chapitres 85 et 86 de ces confessions.

Le téléphone sonne. Bronson décroche. A l'autre bout du fil, la secrétaire de McT à la Fox. McT voudrait connaître toutes les fins des films de Hitchcock. Bronson, en un fin connaisseur de l'oeuvre du maître anglais, n'a aucun mal à répondre.

Bronson se doute que McT cherche une fin au prochain film qu'il prépare : Die Hard III. Il sait que le réalisateur travaille avec le scénariste Jonathan Hensleigh avec qui il préparait, Captain Blood. Hensleigh est l'auteur d'un script connu sous le nom de Simon Says, la base de ce qui deviendra Die Hard with a vengeance.



McT lui raconte en gros l'histoire, des terroristes attaquent New York, mais l'attaque cache en réalité un énorme cambriolage. La réserve fédérale est la véritable cible, son or, le butin. Mais que faire de tout cet or ? Bronson propose la fin du film Goldfinger. Les voleurs vont détruire la majorité de l'or et en garder assez pour couler des jours heureux. McT adore l'idée et Bronson reçoit une bouteille de Dom Pérignon pour service rendu.

Quelques semaine plus tard, il reçoit un coup de fil de la femme de McT, Donna Dubrow. Le scénariste doit se rendre immédiatement à l'aéroport de Santa Monica où l'attendent Donna et son mari. Un avion doit les emmener au Wyoming, où McT a son fameux ranch. But de ce voyage, retravailler le script du troisième Die Hard.

Arrivé à l'aéroport, Bronson découvre qu'une quatrième personne est invitée à prendre ce vol. Le scénariste de Simon Says, Jonathan Hensleigh, qui n'était pas non plus au courant de la venue de Bronson. Dans l'avion, McT donne le script à Dan qui est assis juste en face de Hensleigh. Une situation pour le moins gênante mais Bronson lit attentivement le script pendant le voyage.

Le résultat sera fidèle au scénario, précise Bronson, à deux exceptions majeures près. L'une concerne le partenaire de John McClane. Dans le script, c'est une afro américaine prénommée Linda. McT a déjà en tête l'actrice Angela Bassett pour le rôle. Deuxième point, la fin située dans une fonderie où Simon Gruber transforme les lingots d'or en statuettes de l'Empire State Building, qu'il repeint ensuite en gris (voir la scène de fin alternative où McClane pose sur la table une de ces statuettes). Simon capture McClane et l'attache à une bombe, avant de se faire abattre par Linda qui désamorce l'engin en répondant à une dernière devinette. 

Bronson adore le script. En l'état, ce Die Hard est très excitant, en plus d'être original car il se démarque des deux premiers films dont l'action restait prisonnière d'un lieu, building pour l'un, aéroport pour l'autre.



Bronson relève cependant quelques problèmes. Le personnage de McClane n'est pas assez défini. Holly et lui, c'est de l'histoire ancienne et sans Holly, McClane n'est plus rien. Il n'a pas d'implication directe. Le scénariste relève aussi que le film souffre d'une différence d'échelle assez dommageable. Le film s'ouvrant sur une explosion mais se terminant sur un simple duel opposant Linda et Gruber. L'histoire manque aussi d'humour.

Les remarques de Bronson ne blessent pas l'égo de Hensleigh, qui les trouve toutes pertinentes. Le lendemain matin (on apprend que McT n'est pas du genre lève tôt), le réalisateur leur propose une nouvelle fin pour le film. Sa solution, oublier cette histoire de fonderie et creuser l'option cargo, que Gruber coulera au large avec presque tout l'or mais aussi, avec McClane et Linda à son bord. Les deux scénaristes se mettent au travail.

Pour le problème McClane, il est clair que le personnage est devenu le père d'une famille qui n'a pas besoin de lui. C'est un protecteur sans personne à protéger. Il demande plus de travail que le personnage de Linda qui est clairement défini. C'est une femme forte, suffisante, et qui méprise les blancs. Elle est impliquée émotionnellement dans cette histoire parce que ses deux neveux sont coincés dans une école qui risque d'exploser. Bronson et Hensleigh en font aussi un personnage déçu par les hommes en général. C'est au fond une demoiselle qui a besoin d'un vrai chevalier...



A la question, comment rajouter un peu d'humour, les deux scénaristes répondent par un running gag, une valise contenant une bombe et qui passe de mains en mains jusqu'à revenir aux voleurs à la fin du film. Dans un jet qui doit l'emmener, lui et ses hommes, loin du foin qu'il a créé à New York, Simon distribue à ses mercenaires des valises contenant une part de l'or qui n'a pas été pulvérisé au large. Voyant une valise de trop, Simon l'ouvre et demande, juste avant l'explosion, si quelqu'un n'a pas sur lui un bidon rempli de quatre gallons d'eau. BOOM, the end...

Toutes ces bonnes idées finissent dans un traitement qu'ils envoient par fax à Bruce Willis et à la Fox. La réponse de la Fox arrive la matinée suivante. Toutes ces bonnes idées sont rejetées. Quelque peu sonnés et découragés, les scénaristes demandent à McT quoi faire. McT prend les suggestions des exécutifs de la Fox, les déchirent et les envoie au feu. Il est l'un des rares réalisateurs à pouvoir faire ça à l'époque mais, car il y a  toujours un mais, contre la star du film, il ne peut pas grand chose.

Willis ne veut pas de partenaire féminin parce que les derniers films qu'il a fait, en couple, sont loin d'avoir brillé au box office. Qui se souvient, même en bien, du film qu'il a fait avec Sarah Jessica Parker ? Linda devient donc Zeus. Angela Bassett est remplacée par l'excellent Samuel L. Jackson. Le film devient un buddy movie mais il perd son coeur.


Dans l'avion qui l'emmène à New York sur la préproduction du film, Bronson lit le dernier jet du script. Si la plupart de ses changements ont été gardés, la fin dans l'avion avec Gruber et la valise a disparu. Bronson y tient encore et espère pouvoir l'intégrer. Arrivé à New York, le scénariste découvre qu'il n'est plus le seul script doctor à travailler sur Die Hard III. Lorenzo Semple Jr. (un vieux de la vieille, mort au début de cette année) s'occupe des dialogues du premier acte, David Shaber (script doctor non crédité au générique de The Hunt for Red October) travaille quant à lui sur le second acte. Bronson doit se charger du troisième acte. Les trois scénaristes travaillent chacun de leur côté. Le tout est retravaillé par McTiernan après ses longues journées de préparation.

Le travail de Bronson sur le troisième acte consiste à rajouter des mousetraps, des pièges à souris, qui doivent corser la poursuite finale. Bronson en propose deux, sous la forme de deux personnages, un jeune trou du cul de la police qui s'associe à un trou du cul des medias pour mettre des batons dans les roues de John McClane. Bronson retravaille aussi le combat de McClane et de Targo, l'homme de main patibulaire de Simon Gruber. Il ajoute une bonne dose de fun cartoonesque notamment dans la salle qui contrôle la destruction des camions contenant l'or. La salle est protégée par de fins murs en aluminium et quand Targo projette McClane sur l'un d'eux, le pauvre policier y laisse son empreinte.

McTiernan inclut toutes les propositions du scénariste dans le script. Bronson doit rentrer à Los Angeles pour s'occuper de la promotion du téléfilm qu'il a écrit, A friend to die for avec Tori Spelling. Il sera invité à la première de Die Hard with a vengeance et découvrira que sa fin ne s'y trouve pas. Il apprend par l'un des producteurs, que les décors de la salle des machines et du déchiqueteur ont été construits en Caroline du sud mais qu'au dernier moment, parce que ces scènes ne plaisaient plus à Bruce Willis, elles ont été supprimées. Il découvre aussi la nouvelle fin, qui ne plait à personne. Mais le film sort et fait un carton au box-office...



Comme le dit Bronson : le succès d'un film a beaucoup de pères mais un bide est un orphelin. Bronson est un des pères anonymes de Die Hard with a vengeance.

Dan Bronson et John McT. Première partie : Nomads & The Quest of St. James Elk


Cet article s'appuie sur les chapitres 31 et 52 de ces confessions.



NOMADS
Chapitre 31 : a bill of divorcement / Une lettre de divorce

Dan Bronson, scénariste hollywoodien pour le meilleur et pour le pire (on pourrait traduire le titre de son livre par Confessions d'un anonyme d'Hollywood) connait John McTiernan depuis ses débuts à Hollywood. Après un court passage aux studio Universal, il est embauché au début des années 80 comme associate story editor dans une petite boîte de production nommée Filmway Pictures. Il arrive à son nouveau travail avec le scénario de Nomads que lui a donné un de ses contacts à Universal, John Humphreys. Le studio a refusé le script mais Dan Bronson est sous le charme. Il découvre en McTiernan un véritable auteur et un réalisateur à suivre. Découvrant que Nomads a aussi été rejeté par Filmway, Bronson revient à la charge, ressort le script de la poubelle et leur dit tout le bien qu'il pense de McTiernan et de son scénario :

"Je leur ai parlé de McTiernan et de Nomads, comment il réinventait la forme du scénario et avait découvert une manière de faire exister l'histoire sur papier de la même manière qu'un film existe sur l'écran. Comment il avait redonné du sang neuf au film d'horreur en utilisant ce vieux genre fatigué pour dépeindre Los Angeles comme un vaste désert de béton et de verre peuplé de nomades aliénés, hanté par des esprits hostiles."



Bronson écrit ensuite un résumé du film qui finit par cette note très positive : "McTiernan va devenir un très grand scénariste et réalisateur, j'aimerais que Filmway sorte son tout premier film." Cassian Elwes, alors patron de la Filmway Pictures, et convaincu en parle à son beau-père, le célèbre producteur de la MGM, Elliot Kastner. La production du film est lancée.

Le chapitre 31 s'appelle une lettre de divorce parce que la Filmway Pictures change de main. George Litto, producteur de quelques De Palma devient le nouveau dirigeant et demande à Bronson et à Donna Dubrow, alors vice présidente de production (elle sera la deuxième femme de McTiernan), de faire leur bagage...




THE QUEST OF ST. JAMES ELK
chapitre 52 : Me and John McT / Moi et John McT

Chapitre dans lequel Dan Bronson révèle que le meilleur film de John McTiernan n'est jamais sorti sur grand écran, un film qui n'existe que sur papier et qui s'appelle The Quest of St. James Elk...

Impressionné par le script de Nomads, Elliot Kastner commande un nouveau scénario à McTiernan. Dan Bronson, résume The Quest of St. James Elk en ces termes : "C'était Robin des Bois situé dans un futur si lointain qu'il ressemble au passé."

Bronson doit écrire un commentaire sur le film pour donner envie aux plus grands studios, de produire cette quête. En voici la traduction :

"MAGIQUE !
Par un coup de baguette verbale, McTiernan nous emmène dans un royaume enchanté fait de brouillard et d'arbres monstrueux. Il convoque aussi des créatures des ténèbres, des sorcières, des hurleurs et des Seigneurs du mal - et pour un temps, sa description d'une nature primitive devient un paysage cauchemardesque. Mais au bout du compte, il invoque la force du courage et de l'amour, qui finissent par chasser les démons et dissiper les ténèbres. Pour faire court, la Quête de St. James Elk est de la pure sorcellerie cinématographique qui attirera les spectateurs dans les cinémas, encore et encore, il les charmera avec son mélange d'action héroïque, sa séparation claire du Bien et du Mal, et un amour si puissant qu'il peut racheter le plus sombre des cœurs humains. C'est une magnifique évasion à ranger aux côtés de Star Wars et des Aventuriers de l'arche perdue. La Quête nous emmène là où nous ne sommes jamais allé, et c'est un voyage que nous aimerions tous faire.

Faisons ce film !"

Cette note plait tellement à McTiernan qu'il s'en servira à chaque fois qu'il aura l'occasion de vendre son histoire. C'est aussi cette note qui rapprochera les deux hommes et consolidera leur amitié.

Mais Jeffrey Katzenberg refuse de le faire. La Paramount n'en veut pas. Le projet n'est pas seulement trop cher, trop ambitieux, le problème c'est qu'au début des années 80, John McTiernan n'est personne. Cela ne changera pas après la sortie difficile de Nomads. Le film connait un bon accueil critique en Europe mais le public américain le boudera. Il faut dire qu'une distribution tardive et discrète n'a pas vraiment aidé le film.

Bronson révèle à la fin du chapitre 52 que les droits de The Quest of St. James Elk vont finalement échapper à McTiernan. Le réalisateur retouchera le scénario de la plupart de ses films mais il n'en écrira plus jusqu'au prochain Warbirds et l'hypothétique Thomas Crown and the Missing Lioness...

Bronson se souvient d'une ballade en compagnie de McTiernan dans son ranch du Wyoming :
McT : Je ne pourrais pas faire ce que tu fais.
Dan Bronson : Comment ça ?
McT : Travailler un an, deux ans sur un script, y mettre tout ce que j'ai sans avoir la garantie qu'il sera un jour produit. C'est pourquoi je ne prends que ce qu'on me propose. Je ne prends que des projets qui ont eu le feu vert.

Après recherche, il semble qu'une copie de The Quest soit tombée entre les mains du réalisateur et chorégraphe Bob Fosse, mort en 1987. St. James Elk traine donc dans un des cartons de sa collection personnelle à la Bibliothèque du Congrès de Washington DC depuis 1992. J'ai comme une soudaine envie de faire le déplacement, pas vous ?