dimanche 29 mars 2015

La parole est à Charles Roven

Dans une longue interview accordée au Hollywood Reporter en octobre 2014, le producteur Charles (Chuck) Roven revient entre autre sur le remake de Rollerball qu'il a co-produit au début des années 2000, et aussi sur l'affaire Pellicano. Mais avant de lire ce passage, un petit rappel s'impose. Le premier contact que John McTiernan a eu avec le FBI concernant cette regrettable affaire, a été téléphonique. Ce qui est tout de suite moins drôle...

THR : …Vous êtes entré en conflit avec un réalisateur très important, John McTiernan. Vous avez produit Rollerball avec lui mais il a aussi enregistré vos conversations. Qu’est-ce que vous savez de cette affaire ? Dois-je vous en parler ? Ça a fait scandale à Hollywood. Il y avait ce détective privé, Anthony Pellicano, qui est maintenant en prison. Il a été engagé pour enregistrer les conversations de personnalités, dont vous.


Roven : Mise sur écoute. Mise sur écoute.


THR : Je suppose qu’il y a une différence. (Rires) Qu’est-ce qui s’est passé ?

Roven : Bon alors, la mise sur écoute, c’est différent parce que enregistrer des conversations, c’est vous et moi qui sommes en train de discuter avec posé là, un magnétophone que j’ai apporté pour nous enregistrer, d’accord ?

THR : Oui, et je ne suis pas en prison, oui.

Roven : Vous n’êtes pas en prison. Parce que vous voyez le magnétophone…

THR : Je pourrais être enfermé dans la prison des reporters.

Roven : Mais la mise sur écoute, c’est quelqu’un qui écoute et qui enregistre ce que vous dîtes en privé, au téléphone, sur lequel il a été établi illégalement une connexion dans le but d’entendre tout ce que vous dîtes. Alors je… Un des films que j’ai produit, et ce pour les mauvaises raisons, était le remake de Rollerball avec James Caan et réalisé par un très bon réalisateur canadien qui a fait pas mal de très bons films.

THR : Norman Jewison.

Roven : Norman Jewison, exactement. Et ce film, Rollerball, était vraiment très connu. Mais John (McTiernan) a décidé d’en faire un remake qu’il a développé à la MGM. Et moi, à la fin des années 90, ce consortium que j’ai fabriqué pour L’armée des 12 singes a en quelque sorte évolué en une nouvelle entité de co-financement dans le but de produire des séries et des films. C’est alors que j’ai fusionné Atlas avec la Mosaic Media Group. Et une des choses que nous avons fait à la fin des années 90, début des années 2000, avec Mosaic Media Group, c'est que nous nous sommes associés, au terme d’un gros deal de co-financement, avec la MGM. Et nous cherchions donc le premier film à produire. Et les types qui dirigeaient la MGM à l’époque, Chris McGurk et Michael Nathanson, ont dit hey, on travaille avec John McTiernan, il vient de terminer le remake de Thomas Crown, un autre film de Norman Jewison et nous… Pourquoi pas nous rejoindre et co-financer le projet et puis le produire ?

Roven : Et j’ai accepté de le faire. Et évidemment, j’étais à l’époque, au début du processus, un grand fan de McTiernan, des films qu’il avait fait. Il avait fait du vrai grand cinéma américain en commençant par A la poursuite d’octobre rouge. Il a fait le premier Die Hard, Predator. Il était, vous savez, le réalisateur de grands films populaires. Et nous nous sommes rencontrés en Bulgarie quand il faisait du repérage pour le film bien qu'au final, il s'est fait à Montréal. Et nous avons convenu, après notre première rencontre, qu’il fallait aplanir certaines choses. Et à l’époque il était… Bien qu’il n’était pas au sommet de sa carrière, il était encore… Il avait encore beaucoup d’importance et il avait encore pas mal de contrôle artistique sur ses projets. Et je n’étais pas totalement à l’aise avec les droits de regard qu'il avait mais bon, j’avais pas mal de vent dans mon dos et je subissais pas mal de pression pour faire… Pour conclure ce deal et continuer avant que le projet ne m’échappe. Pas les bonnes raisons pour faire un film. Alors j’ai décidé de le produire. John aussi était producteur sur ce film. Il a eu le final cut. Et nous avons commencé à tourner et quand nous discutions, c’était toujours de manière très cordiale. C’est un type très charmant et brilliant. Mais quand le tournage a débuté, et que je regardais les rushs, j’ai réalisé que ce qu’il tournait n’était pas dans le script. Alors je…Nous en avons longuement discuté et puis à un moment, j’ai dit : tu sais quoi…A mon avis, tu ne fais qu’improviser. Et bien çaVraiment, tu penses que c’est ce que je fais ? Je fais : oui, je pense que tu improvises et çaC’est…Tu ne fais pas le film que nous avons décidé de faire.

Roven : Il a dit : moi, je pense que je suis en train de le faire. Et j’ai dit : bien écoute, je pense que nous devrions en parler au studio. Et il a dit : parfait, fais ce que tu dois faire. Et je suis allé voir le studio pour leur dire mon ressenti sur ce qui se passait et ils ont dit : d’accord on va voir ça et ils l’ont complètement soutenu. Ma chance m’avait complètement abandonné.

THR : Wow.

Roven : Néanmoins, il n’a pas du tout aimé ça. Alors il a engagé Anthony Pellicano pour me mettre sur écoute. Et je ne l’ai su que des années après. Je l’ai su six ans après. Et voici ce qu’il y a d’intéressant sur les lois concernant la mise sur écoute aux Etats Unis, mettre sur écoute est une infraction pénale mais le criminel doit être puni dans les cinq ans après la découverte de la mise sur écoute. Et le FBI est venu à mon bureau après avoir arrêté Pellicano et, vous savez, fouillé un de ses ordinateurs et entendu Pellicano parler de moi à ce type et combien il voulait obtenir des infos vraiment croustillantes sur moi pour me faire du mal. Et ils m’ont demandé qui c’était et j’ai dit : C’est John McTiernan. Et alors ils sont allé voir John McTiernan et si John McTiernan, parce que cela faisait six ans, quand le FBI est allé voir John McTiernan et lui a demandé s’il savait pour la mise sur écoute et s’il avait engagé Anthony Pellicano pour la mise sur écoute. S’il avait dit : Oui, j’ai mis sur écoute Chuck Roven, vous voulez faire quoi ? Il n’aurait rien eu. Mais il ne l’a pas fait. Il a menti au FBI. C’est une autre infraction. Alors si le FBI sonne à votre porte. (RIRES)


samedi 28 mars 2015

Bilan du Festival du film policier de Beaune

C'est pas la joie. Ça pue même. McTiernan n'a plus vraiment de projet concret, Red Squad est au point mort, son Warbirds aussi. Merci aux producteurs du combo Hannibal Classics/Pictures. Que s'est-il passé ? Cette réponse n'est que supposition mais je pense qu'ils lui ont tout simplement piqué John Travolta, qui tourne en ce moment même, dans le revenge flick de Chuck Russel, I am Wrath

I am Wrath mais avec le sourire

Mctiernan voulait Travolta ou personne, ils ont fait signé Travolta pour au moins deux films et puis ils ont tourné le moins compliqué et le moins cher, ce I am Wrath, refusé par Friedkin il y a quelques années... Bref, pour reprendre les mots d'un certain monsieur Manatane : je suis colère parce que je suis trahison !

I think I need a bigger plane

Depuis, McTiernan se bat avec les producteurs du "cheap entertainment" pour reprendre son enfant Warbirds. Alors bien sûr, McT a quelques projets sous le coude, dont Sleeping Dogs of Amagansett, le thriller que pourrait produire son ami Michael Tadross Jr. Il a parlé aussi d'un film sur Yamamoto. Un projet original et intriguant puisque dans son histoire, le général japonais gagne la guerre contre les américains. On attend et on voit, comme on dit, même si on attend plus qu'on ne voit. Vous le sentez aussi, ce parfum répugnant de lassitude ?

samedi 14 mars 2015

The Zone - Barry Zetlin - 1995

"Welcome to Budapest, pals !"
ou
Budapest, c'est vraiment la zone


La particularité de The Zone (Zone Limite dans les ruines de nos video clubs) sorti en 1995 ? La présence de trois acteurs ayant joué dans un film de McTiernan. On y trouve cette bonne vieille trogne de Robert Davi (Die Hard), les regrettés Alexandre Godunov (Die Hard) et Ben Gazzara (Thomas Crown).

Je vous laisse avec l'excellente bande annonce française, montée autour des répliques les plus vulgos du film. Appréciez le doublage :


jeudi 12 mars 2015

McTiernan revient en France


Le Festival du film policier de Beaune rendra hommage à John McTiernan, mais aussi à l'acteur Claude Brasseur et à Bertrand Tavernier. On aimerait que le réalisateur américain et le réalisateur français se rencontrent et discutent cinéma, cinéma d'action, cinéma américain, européen... Le résultat devrait être aussi passionnant que la rencontre Tarantino et Tavernier. Bon après, je ne sais pas si McTiernan connait bien l'oeuvre de Tavernier mais Tavernier lui connait assez bien les films de McTiernan, voici un extrait d'une interview accordée à Lumière il y a de ça 15 ans :

Lumière ! : Vous pensez qu'il n'y a plus de gens comme ça aujourd'hui à Hollywood ?

B.T. : Si, si, il y en a quelques-uns. Vous avez Altman, vous avez John Sayles, quelques personnes comme ça... Il y en a moins maintenant. Le cinéma américain, depuis quelques années, il est pas très excitant dans l'ensemble. Bon j'arrive pas à voir tout ce qui sort et il est tout à fait possible que, comme durant chaque période de l'histoire du cinéma, on passe à côté de films intéréssants qu'on va redécouvrir quelques années plus tard. Qu'ils soient Anglais ou Américains : dans "Positif" récemment ils signalaient le film de Charles Sturridge, qui s'appelle "Vérités", et ils disaient que c'est un film très intéréssant. Mais il y a quelque chose qui fait que la plupart des films ont l'air d'être tellement fabriqués, déjà faits avant qu'ils aient été faits. Alors on peut dire que c'était le même cas avant, quand les studios travaillaient à la chaine, et c'est vrai qu'une partie de la production était comme ça, mais il y avait une importance des scénaristes, des producteurs. Moi je donne souvent l'exemple de la Fox où en apparence les films de Hathaway, de King, de John Ford et d'Élia Kazan ont un espèce de vernis un peu semblable mais quand vous les regardez en profondeur ils sont totalement dissemblables... Pourtant ils ont été fait les mêmes années, avec les mêmes techniciens, les mêmes scénaristes, les mêmes chef-opérateurs, les mêmes acteurs et ils sont dissemblables. Et on voit très facilement la différence entre Henry King et Henry Hattaway, on la voit très facilement... La différence entre John Mctiernan et Harry Yulin, par exemple, pour moi c'est une énigme. Je n'arrive pas à voir même leur personnalité. Sinon à part un brio dans les effets spéciaux, une manière de bien placer la caméra, une science dans l'art de multiplier les plans. Mais en dehors de ça je n'arrive pas à savoir qui c'est. La plupart des metteurs en scène américains pour moi ce sont des inconnus. Ce qui n'était pas le cas quand j'étais jeune cinéphile où j'arrivais à sentir la personnalité de Michael Curtis, d'Henry King, et on se trompait parfois mais pas souvent.

Vous savez quoi faire du 25 au 29 mars à Beaune.